bleumarie

mercredi 29 septembre 2010

Didier Massé, l'homme qui murmurait à l'oreille des fleurs ...

Scabieuse

Voici enfin le second (mais pas le dernier !) chapitre consacré au photographe Didier Massé. Tout d'abord, je remercie tous ceux qui ont mis de chaleureux commentaires suite au premier chapitre.
Didier mérite bien vos éloges.
Aujourd'hui, je vais vous parler de Didier Massé et des fleurs. Fleurs auxquelles il accorde une attention particulière car, pour lui, les femmes sont des fleurs.... et (peut-être ?) voit-il les fleurs comme des femmes.
En tout cas, il photographie les fleurs avec beaucoup d'attention et de talent. Comme il photographie les femmes d'ailleurs.
Bref, on peut dire que Didier Massé est l'homme qui murmure à l'oreille des fleurs.
Comprendre les fleurs pour mieux comprendre les femmes ? Là, c'est à lui de nous le dire.

Muscaris Et Perles De Rosée
Depuis très longtemps, dans la littérature, les femmes ont souvent été comparées à des fleurs. Et bien des poèmes évoquant des fleurs étaient souvent à double lecture, avec une connotation sexuelle quand on lisait entre les lignes.
Qui ne connaît le poème de Ronsard : "Mignonne allons voir si la rose, Qui ce matin avait déclose, etc ...
Au 16ème siècle déjà, la double lecture était bien là. Je vous laisse le soin de deviner l'objet réel de ce poème car là n'est pas mon propos aujourd'hui.

La danseuse I

Voyons comment, à l'instar de Didier Massé, les poètes et les écrivains ont parlé de la femme sous couvert de parler de fleurs.

Mais pour rappel, souvenons-nous de quelques héroïnes de romans célèbres qui portaient des noms ou surnoms évocateurs :
  • Dans "Les mystères de Paris" d'Eugène Sue, le personnage féminin principal se nomme "Fleur-de-Marie".
  • "Fleur-de-Lys" est un personnage du roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.
  • "Amaryllis"  se retrouve comme prénom dans une pièce d'Alexis Piron (1689-1773)(Attendant le moment le plus doux de ma vie,
    tendre amour ! En ces lieux soupire une élégie.
    Charmante Amaryllis dont l' éclat sans pareil
    me paraît comparable à l'éclat du soleil !
    L'heureux Myrthil t'attend sur l'herbette et la mousse.)
ROSES

Et n'oublions pas tous les prénoms féminins qui sont aussi des noms de fleurs, et ceci dans toutes les civilisations, dans tous les pays.
  • Mon arrière grand-mère se prénommait Églantine (c'est une rose sauvage).
  • Rose est aussi bien sûr un prénom très largement donné aux filles.
  • Hortense
  • Marguerite
  • Marjolaine
  • Anémone
  • Et si je dis Pâquerette, certains des anciens blogueurs orange auront une pensée pour "notre" Pâquerette.

BOUTON DE PAQUERETTE

Il existe des centaines, voir davantage de prénoms féminins associés aux fleurs.

Certaines expressions "florales"de la langue française sont également dédiées aux femmes :
  • Fleur, se dit figurément, en parlant de certaines choses, pour désigner le temps où elles sont dans toute leur beauté, dans leur plus grand éclat, comme les arbres et les plantes lorsqu'ils sont en fleur. Être dans la fleur, à la fleur de ses jours... c'est dans la fleur de la jeunesse. Elle était alors dans la fleur de sa beauté, dans toute la fleur de sa beauté, la fleur de la beauté n'a qu'un temps.
  • La fleur de la virginité, La virginité même. On dit quelquefois, un peu librement : Mademoiselle a perdu sa fleur.
(Extrait du Dictionnaire de l'Académie française, Volume 1, Par l'Académie française, Institut de France, octobre 1835)

ROSES AU PETIT MATIN

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Oeillets

 Des fleurs et des femmes, photographies de Didier Massé et extraits littéraires


Le bouquet de tulipes I

Extrait de "La tulipe noire" d'Alexandre Dumas

[...] "Rosa sentit son cœur se serrer dans sa poitrine ; des larmes jaillirent jusqu'à ses yeux.
— Hélas ! dit-elle.
— Quoi ? demanda Cornélius.
— Je vois une chose.
— Que voyez-vous ?
— Je vois, dit la jeune fille éclatant en sanglots; je vois que vous aimez tant les tulipes, qu'il n'y a plus place dans votre cœur pour une autre affection.
Et elle s'enfuit.
Cornélius passa ce soir-là et après le départ de la jeune fille une des plus mauvaises nuits qu'il eût jamais passées.
Rosa était courroucée contre lui, et elle avait raison. Elle ne reviendrait plus voir le prisonnier peut-être, et il n'aurait plus de nouvelles, ni de Rosa ni de ses tulipes.
Maintenant, comment allons-nous expliquer ce bizarre caractère aux tulipiers parfaits tels qu'il en existe encore en ce monde.
Nous l'avouons à la honte de notre héros et de l'horticulture, de ses deux amours, celui que Cornélius se sentit le plus enclin à regretter, ce fut l'amour de Rosa, et lorsque vers trois heures du matin il s'endormit harassé de fatigue, harcelé de craintes, bourrelé de remords, la grande tulipe noire céda le premier rang, dans les rêves, aux yeux bleus si doux de la Frisonne blonde.

[...] Mais la pauvre Rosa, enfermée dans sa chambre, ne pouvait savoir à qui ou à quoi rêvait Cornélius.
Il en résultait que, d'après ce qu'il lui avait dit, Rosa était bien plus encline à croire qu'il rêvait à sa tulipe qu'à elle, et cependant Rosa se trompait. Mais comme personne n'était là pour dire à Rosa qu'elle se trompait, comme les paroles imprudentes de Cornélius étaient
tombées sur son âme comme des gouttes de poison, Rosa ne rêvait pas, elle pleurait.
En effet, comme Rosa était une créature d'esprit élevé, d'un sens droit et profond, Rosa se rendait justice, non point quant à ses qualités morales et physiques, mais quant à sa position sociale.
Cornélius était savant, Cornélius était riche, ou du moins l'avait été avant la confiscation de ses biens ; Cornélius était de cette bourgeoisie de commerce, plus fière de ses enseignes de boutique tracées, formées en blason, que ne l'a jamais été la noblesse de race de ses armoiries héréditaires. Cornélius pouvait donc trouver Rosa bonne pour une distraction, mais à coup sûr quand il s'agirait d'engager son cœur, ce serait plutôt à une tulipe, c'est-à-dire à la plus noble et à la plus fière des fleurs qu'il l'engagerait, qu'à Rosa, humble fille d'un geôlier.
[...] Lui, de son côté, se réveilla plus amoureux que jamais. La tulipe était bien encore lumineuse et vivante dans sa pensée, mais enfin il ne la voyait plus comme un trésor auquel il dût tout sacrifier, même Rosa, mais comme une fleur précieuse, une merveilleuse combinaison de la nature et de l'art que Dieu lui accordait pour le corsage de sa maîtresse."

TULIPE

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Extrait de la revue 5 Historique Politique et Littéraire; par une société de gens de lettres,
Du décadi 10 fructidor 3 tan quatrième
de la République Française.
( Samedi 27 août 1796, vieux style. )

La Philosophie de l'Univers est précédée d'un morceau intitulé Oromasis.
C'est un dialogue entre Oromasis et Arimane.
[...]
Oromasis arrange, ordonne la matière, crée les mondes, les plantes, les animaux, l'homme , enfin la femme , chef-d'œuvre de la création.
Voici de quelle manière l'auteur suppose qu'Oromasis termine l'œuvre de la création, par celle de la femme ; il s'adresse à
l'homme qu'il vient de former :
"Pour ta félicité , je mettrai tous mes soins à fabriquer mon dernier chef-d'œuvre. Dans les plantes j'ai fait de la fleur, destinée à produire le fruit , ce qu'il y a de plus agréable, de plus brillant, de travaillé avec le plus d'art : la femme sera la fleur du genre humain.

Delphine

À moi tous les éléments de la beauté, de la grâce, des vertus, de la sensibilité, de la bienfaisance et de la douceur.
Arrangez-vous, combinez-vous pour plaire et pour enchanter. Je pouvais créer l'homme à mon image ; je n'ai pour la femme de modèle que le beau idéal. Qu'elle soit la plus parfaite des créatures visibles; et, s'il se peut, la plus heureuse.
Que son cœur batte plus vite que celui de l'homme. Qu'elle vive plus en moins de temps, et cependant que sa carrière aussi soit plus longue; elle sera bonne et secourable jusqu'à son dernier moment. Qu'elle serve à trois générations; qu'elle fasse le bonheur de son amant, de ses enfants, de ses petits enfants encore ; et que dans tous les âges la tendresse qu'elle fera naître soit toujours mêlée de respect. Que des nerfs délicats portent à tous ses sens des affections rapides. Que son pied léger soit propre à la danse, et sa blanche main aux caresses ; qu'elle ne les prodigue , ni à la course , ni à de trop rudes travaux. Que sa taille élégante et ses membres arrondis appellent et peignent la volupté par tous leurs mouvements ; qu'un doux satin les couvre, et ne puisse, être touché sans embraser le téméraire. Que ses beaux yeux soient le miroir de son âme ; qu'on y lise une indulgente et affectueuse bonté ; que même en se baissant, ils trahissent ses sentiments secrets. Que son haleine répande le parfum de la pêche ; qu'on en voie le duvet sur ses joues ; qu'un vermillon expressif les colore , et que, dans une tendre pensée , une pudeur ingénue le porte quelquefois jusqu'à son front. Que son sein éblouissant représente les globes célestes ; qu'un bouton de rose en soit le pôle aimanté; qu'il offre au désir sa première jouissance, à l'enfance son premier aliment ; et qu'on ignore à jamais lequel, du père ou du fils, il aura rendu le plus heureux."

Coeur de pavot

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Les femmes et les fleurs.

Discours prononcé le 11 mars 1858 à la société royale
d'horticulture de Liège par M. Charles Morren, président honoraire de la Société.

"Rien ne saurait, en effet, mieux s'allier que la femme et les fleurs; aucune harmonie n'est plus suave et plus gracieuse; la femme qui s'est toujours vue représentée par une fleur, dans tous les temps, dans tous les pays, par tous les poètes, la femme qui n'est que dévouement et amour, comment n'aimerait-elle pas ces êtres délicats comme elle, comme elle doués d'une beauté ravissante et d'une grâce enchanteresse, ces êtres qui demandent, comme ses enfants, les soins de tous les moments et l'attention la plus soutenue. Mais aussi, si l'enfant récompense sa mère par le premier sourire que ses lèvres ont formé, la plante, par la fraîcheur de ses corolles et le parfum de ses bouquets, ne semble-t-elle pas sourire aussi à celle qui lui a prodigué ses soins ?
[...]

GERBERAS

Partout l'antiquité nous montre les fleurs associées aux femmes, les images des unes éveillant le souvenir des autres, des déesses présidant aux grands phénomènes de la vie végétale. Faut-il s'étonner après cela de voir des espèces de plantes consacrées plus spécialement aux cultes de ces divinités ? Le saule pleureur était l'arbre de Junon, le saule blanc celui de Cérès, la thesmophore ou la législatrice, le frêne à fleurs qui produit la manne, celui de Némésis, la déesse vengeresse, le pin pignon celui de Cybèle; le myrte était l'arbre de Vénus, l'olivier celui de Minerve, et l'if aux sombres rameaux était consacré aux Furies.
Des plantes cultivées pour l'usage des hommes et leur servant de nourriture étaient encore dédiées à quelques-unes de ces déesses; ainsi Vénus avait sa poire dans notre poire commune, sa pomme dans notre poire de coing, comme pour indiquer que le culte de la divinité porte parfois des fruits aussi acerbes que ceux de cet arbre. L'orange était la pomme d'or des filles D'hesper, et la grenade la pomme de Junon; l'amande était le fruit de Cybèle, et nos fèves le légume des mauvais génies. Les fleurs avaient aussi leurs allégories. Le safran était la fleur de l'aurore, notre iris odorant celle de la messagère de Junon. Le lys blanc que le christianisme a dédié aux vierges martyres, était la fleur de la reine des Dieux; notre thym serpolet, l'humble verdure de nos montagnes, était consacré aux Muses. Proserpine avait la violette. Des larmes que Vénus versa pour Adonis sortirent les anémones, mais la déesse de la beauté avait encore pour fleur sacrée la jolie Agrostemme coronaire (Agrostemma coronaria) et, s'il faut s'en référer à Pline, la plante à laquelle on donnait le nom de lèvres de Vénus, arrêtait les insectes par les fleurs armées d'épines. [...]"

Portrait de chardon 1

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Histoire de la littérature anglaise, Volume 1 par Hippolyte Taine

"Ces prairies, rouges et blanches de fleurs toujours humectées et toujours jeunes, laissent s'envoler leur voile de brume dorée et apparaissent tout d'un coup timidement, comme de belles vierges. Là est la fleur du coucou, qui pousse avant la venue de l'hirondelle, la jacinthe des prés azurée comme des veines de femme, la fleur du souci qui se couche avec le soleil et se lève avec lui, pleurante.
[...]

Fleurs champêtres 3

Cérès, la libérale reine, parmi ses riches cultures, blés, avoines, orges, pois en fleur, parmi ses montagnes herbeuses où paissent les brebis broutantes, parmi ses ruisseaux et ses rives où regorgent les lis et les pivoines qu'Avril, l'humide Avril, pare pour en faire des couronnes aux chastes nymphes.
— Iris dont les ailes de safran versent sur les fleurs des gouttes parfumées et des ondées rafraîchissantes, Iris, la riche écharpe de la terre, qui de chaque bout de son arc bleu couronne les champs boisés et les pentes dégarnies.
— Flore, brillante et parée, assise superbement au milieu de la pompe de toutes ses fleurs, et qui déploie le vert éblouissant de son manteau de fête.
Toutes les splendeurs et les douceurs du pays moite et mouillé, toutes les particularités, toute l'opulence de ses teintes fondues, de son ciel changeant, de sa végétation luxuriante, viennent ainsi se rassembler autour des dieux qui leur donnent un corps, et un beau corps.
Dans la vie de chaque homme il y a des moments où, en présence des choses, il éprouve un choc. Cet amas d'idées, de souvenirs tronqués, d'images ébauchées qui gisent obscurément dans tous les coins de son esprit, s'ébranle, s'organise, et tout d'un coup se développe comme une fleur. Il en est ravi, il ne peut s'empêcher de regarder et d'admirer la charmante créature qui vient d'éclore; il veut la voir encore, en voir de pareilles, et ne songe point à autre chose.
[...]
Ses lèvres sont des roses toutes trempées dans la rosée, — ou pareilles à la pourpre de la fleur du narcisse. — Ses yeux, ses beaux yeux, ressemblent aux pures clartés — qui animent le soleil ou égayent le jour. — Ses joues sont comme des lis épanouis plongés dans le vin, — ou comme des grains de belles grenades trempés dans le lait,—ou comme des fils de neige dans des réseaux de soie cramoisie, — ou comme des nuages splendides au coucher du soleil."

Crocus

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Extrait des Œuvres illustrées de George Sand

[...]"Vous voulez paraître jeunes, et vous vous faites immodestes ? Calcul bizarre, énigme insoluble ! La femme, pensent certaines effrontées, doit être comme la fleur qui montre son sein à mesure qu'elle s'épanouit. Mais elles ne savent donc pas que la femme ne passe pas, comme la rose, de la beauté à la mort ! Elle a le bonheur de conserver en elle, après la perte de son éclat, un parfum plus durable que celui des roses." [...]

Rose en fin de vie sous la pluie

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"L'invitation au voyage"de Baudelaire

"Qu’ils cherchent, qu’ils cherchent encore, qu’ils reculent sans cesse les limites de leur bonheur, ces alchimistes de l’horticulture ! Qu’ils proposent des prix de soixante et de cent mille florins pour qui résoudra leurs ambitieux problèmes ! Moi, j’ai trouvé ma tulipe noire et mon dahlia bleu !

Fleur incomparable, tulipe retrouvée, allégorique dahlia, c’est là, n’est-ce pas, dans ce beau pays si calme et si rêveur, qu’il faudrait aller vivre et fleurir? Ne serais-tu pas encadrée dans ton analogie, et ne pourrais-tu pas te mirer, pour parler comme les mystiques, dans ta propre correspondance ?"

ANTHARIUM

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Et enfin, ce petit poème coquin, pour qui sait (une fois encore) lire entre les lignes... Comprenne qui pourra !

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Polissonnerie de Voltaire

"Je cherche un petit bois touffu,
Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre, s'il n'est pas tondu
Un gentil labyrinthe.
Tous les mois, on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ;
Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.

- Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage ;
Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage ;
Car si vous pleuriez tout de bon,
Des pleurs comme les vôtres
Pourraient, dans une autre saison,
M'en faire verser d'autres.

- Quoi ! Vous craignez l'évènement
De l'amoureux mystère ;
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère ;
L'amant, modérant sa raison,
Dans cette aimable guerre,
Sait bien arroser le gazon
Sans imbiber la terre.

- Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire ;
Mais dans ce fortuné moment
On ne se connait guère.
L'amour maîtrisant vos désirs,
Vous ne seriez plus maître
De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna l'être."

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Arum


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Texture d'Iris





Photographies de Didier Massé protégées par copyright. Ne pas télécharger sans l'autorisation écrite de son auteur.

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Marie B.