bleumarie

lundi 19 mars 2012

Retour vers le passé : 1er chapitre

Poésie de rue à Céret (Pyrénées-Orientales)






















Il y a donc un an de cela, j'étais assez désespérée. Mes problèmes de santé ont fini par me conduire à être mise à la retraite pour invalidité. C'est difficile d'entendre un tel verdict. Surtout que j'aimais mon métier d'institutrice.
Je dis bien institutrice, pas professeur des écoles. J'étais une espèce en voie de disparition. Donc, une fois la sentence tombée, je me suis sentie bien mal.
Je me suis inscrite à cap emploi (l'équivalent de pôle emploi mais pour les personnes reconnues comme travailleur handicapé - je ne sais toujours pas si l'on peut dire travailleuse handicapée).
Mais le seul poste qui pouvait me convenir était un poste en télétravail. Travailler depuis chez moi, en organisant mes horaires de façon à ne pas cumuler trop de fatigue.
Avant cette retraite pour invalidité, j'avais travaillé un an pour le CNED. Mais sincèrement, même si malgré la distance j'arrivais à tisser des liens avec mes petits élèves, c'était difficile et au niveau de la pression morale, c'était comme dans le privé. Car il faut demander et obtenir trois ans de suite un poste pour que celui-ci devienne pérenne.
Je recevais une sacoche le jeudi et j'avais une semaine pour faire les corrections. Mais bien entendu, les corrections ne sont pas comme dans une classe ordinaire. Le seul moyen d'aider les enfants à bien évoluer est d'expliciter chaque erreur, de donner des conseils, d'indiquer des exercices à faire etc.
Quand je recevais un nombre raisonnable de copies, ça fonctionnait très bien mais une fois, j'ai dû passer 17 heures d'affilée à corriger !
Et quand les copies arrivaient au siège du CNED, elles étaient "épluchées" par d'autres correcteurs plus ou moins exigeants voire intransigeants qui demandaient parfois l'impossible.
J'avais donc la boule au ventre. Peur de ne pas réussir à renvoyer les copies à temps, peur de ne pas suffisamment donner de pistes de réflexion à mes petits élèves, peur de ne pas plaire à la personne qui supervisait mes corrections.
Donc, il est arrivé ce qui devait arriver... On m'a reconnue inapte physiquement à continuer d'exercer.
Bon, il faut dire aussi que cette année là, j'avais été hospitalisée et donc "absente". Ce qui faisait une surcharge de travail pour un autre correcteur ou correctrice.
A Cap emploi, on ne m'a laissé aucun espoir. Il n'y avait aucune entreprise qui embauchait en télétravail.
Il ne me restait plus qu'à me débrouiller toute seule.
J'ai réfléchi à ce que je savais faire et j'ai pensé que j'étais capable d'écrire ou de corriger ceux qui écrivaient.

Poésie de rue à Céret (Pyrénées-Orientales)
J'ai envoyé mon CV par mail à un nombre assez effarant de maisons d'édition. J'avais envie de tourner la page de l'enseignement puisque l'enseignement ne voulait plus de moi.
J'ai eu beaucoup de réponses négatives ou pas de réponse du tout, mais une petite maison d'édition m'a donné ma chance et m'a proposé de corriger les 100 premières pages d'un manuscrit. C'était une maison d'édition à compte d'auteur. C'est-à-dire que c'est l'auteur qui paie l'impression de son ouvrage et qui se charge de le vendre.
L'éditeur m'a fait comprendre que ce manuscrit avait été écrit par la fille d'un client qui possédait un grand nombre de supermarchés et que, probablement, si le livre était édité et que le client était content, l'éditeur pourrait en profiter pour vendre ses autres livres par son intermédiaire.
Il m'a également prévenue que le manuscrit ne valait pas tripette, qu'il y avait beaucoup de corrections à apporter mais surtout de la réécriture ! Il m'a demandé de ne pas hésiter à enlever des phrases, des paragraphes, pour les réécrire avec mes propres mots.
J'étais devenue ce qu'on appelle un "nègre". Ce mot n'a aucune connotation raciste. C'est le nom que l'on donne à la personne qui écrit à la place d'une autre, celle qui reste dans l'ombre, celle dont on ne verra jamais le nom nulle part.
Quand bien même... le challenge était intéressant et j'ai accepté. J'avais, dans cette période de grand doute, certainement quelque chose à me prouver et à prouver à mon entourage.
Non je n'étais pas dans l'incapacité de travailler, non je n'étais pas à la retraite et non je ne pouvais pas vivre avec 1000 euros par mois de retraite pour invalidité !!!

Chat aux yeux bleus à Céret (Pyrénées-Orientales)
Parallèlement, un de mes hobbies me prenait de plus en plus de temps et participait à mon épanouissement. C'était la photo. J'avais quitté mon premier site sur lequel j'exposai (Art Limited) car c'était devenu trop élitiste. Et même pire que cela : si les photos ne plaisaient pas au webmaster et ne répondaient pas à ses propres critères subjectifs et à sa mégalomanie (il était sûr de connaître les éléments nécessaires pour bien photographier, et il n'y avait que sa vérité qui comptait), les photos n'étaient pas publiées ou il fallait complètement les remodeler (merci photoshop !).
C'est ainsi qu'avec un grand ami photographe (Didier Massé, dont je vous avais longuement parlé), nous avons décidé de quitter ce site.
Didier m'avait parlé de Flickr, un site de photo très convivial, ou chacun peut exprimer sa propre idée de la photo. On peut aussi participer à des groupes qui correspondent à vos centres d'intérêt. Je crois que les premiers groupes sur lesquels je me suis inscrite étaient dédiés au bleu (pas le fromage, la couleur !) et aux maisons : fenêtres (ma grande obsession), portes et façades...
Si vous avez envie d'aller y jeter un oeil, c'est ICI.
D'ailleurs, désormais, ce sont mes propres photos que vous verrez ici, sauf cas exceptionnel.

Façade aux volets bleus à Céret (66)




L'église, le ciel (Céret dans les Pyrénées-Orientales)


 à suivre ...