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lundi 3 août 2009

Regards d'Art . . . Le vrai, le faux, Le laid, le beau, Le dur, le mou, La p'tite joufflue, La grande ridée ...




Gaïa de Jean -Yves Simon


Ugliest painting (artiste inconnu)




Buste de grosse femme (artiste inconnu)

A l'instar des magazines de mode, beaucoup d'artistes ont voulu rendre hommage à la beauté. Mais la beauté n'est pas figée, ses critères changent ; selon les époques, les pays, et bien entendu selon les individus ...
On connaît bien par exemple la représentation préhistorique de ces "Vénus" sculptées, femmes très opulentes, aux hanches larges, au ventre rebondi et aux cuisses très fortes. Ces critères étaient fort appréciés en des temps anciens et, il faut bien le reconnaître, surtout pour des raisons très pragmatiques.

Statuette de femme nue soutenant ses seins ~ 2ème millénaire av. J-C

Figurine féminine ~ 4500 ans av. J-C

Sculpture ~ 350-320 av. J -C

Durant toute la préhistoire, les femmes aux très larges hanches étaient la garantie pour l'espèce humaine de pouvoir se perpétuer. Les femmes trop étroites de bassin mouraient en couches, tandis que les autres donnaient la vie plus facilement. A une époque où il n'était pas question de césarienne, il est évident que les hommes cherchaient avant tout une femme féconde, qui présentait les meilleures garanties pour mener à bien leur(s) grossesse(s).
C'est donc tout naturellement que les premiers artistes ont choisi de représenter ces "Vénus" avec les caractéristiques énoncées ci-dessus.

Femme nue tenant un enfant ~1400 av. J-C

Femme tenant un enfant au berceau ~ 2000 à 1600 av. JC

Figurine féminine dite "Vénus" ~ 2500 av. JC

Femme au châle de Patricia Hervé

Dans le Vent de Patricia Hervé

Femme assise de Patricia Hervé

Contrairement à l'idée largement répandue, il n'est pas vrai que - de nos jours - la majorité des hommes préfèrent les femmes minces.
Vous connaissez le proverbe ? Un homme aime être vu au bras d'une femme mince, mais c'est avec une grosse (le terme ne me choque pas, je suis grosse mais je me contrefiche du terme employé sauf quand il est clairement méchant) qu'il se retrouvera au lit !
C'est là tout le problème de notre société où quelques créateurs homosexuels (Je n'ai rien contre les homosexuels ! C'est une constatation. . .) imposent leur vision d'une femme androgyne, mi-femme mi-garçon, et dont les courbes qui signent la féminité auraient été gommées. Du coup, ce sont ces images de femmes "idéales" que vous retrouverez dans les magazines et qui vont s'imposer comme étant celles de la beauté.
On sait maintenant que de nombreuses femmes mannequins deviennent anorexiques. Stressées par l'épreuve de la balance et surtout de l'IMC (Indice de Masse Corporelle) - elles vont jusqu'à se faire vomir. Ces femmes souffrent dans leur tête et dans leur chair, tout comme, à l'opposé, les rondes qui ne s'acceptent pas et qui font également n'importe quoi pour maigrir !

Heureusement, les choses changent. Mais elles changent très lentement !
Ainsi, je m'interroge sur les peintures colorées de Patricia Hervé (au-dessus). Les femmes de ses tableaux sont rondes, semblent à l'aise dans leur corps. Mais alors pourquoi gardent-elles obstinément les yeux baissés ? Est-ce parce qu'elles exposent déjà tellement leur corps qu'elles dérobent leur regard ? L'artiste éprouve t-elle une certaine honte pour ces modèles, est-elle ronde elle aussi et est-ce ainsi qu'elle se voit ? En apparence tout va bien, tout est couleur, mais le regard est intérieur, comme si la beauté l'était aussi... On connaît bien cette phrase qui dit que ce n'est pas la beauté du corps qui importe, mais plutôt la beauté intérieure. Mais on sait bien aussi que c'est une phrase préfabriquée pour consoler les femmes ... et les hommes qui n'ont pas été gâtés par Mère Nature ! Et puis comme dans l'Art, on peut être laid(e) pour quelqu'un mais beau ou belle pour une autre personne ...

Bacchus de Rubens : la rondeur du bon vivant, amateur de bonnes choses !

Ginnasta d'Aferrari Dambros : La rondeur épanouie et nonchalante ...

Benefits Supervisor Sleeping, 1995 par Lucian Freud : l'obésité triste ...

Emile Bernard (1868-1941) 3 nymphes après le bain : Les rondeurs sensuelles ...

En parlant de Mère Nature, Gaïa, remarquez-vous combien elle est gironde, fertile, féminine, offerte aux regards (image en haut de l'article).
Je ne confonds pas l'obésité avec la fertilité. Avec l'avancée de la médecine, on sait que ce n'est pas une garantie de fertilité que d'être grosse. C'est une idée, comme je l'ai expliqué plus haut, qui nous vient des premiers humains. L'obésité reste une maladie. Mais comme il est bon de voir nos courbes, habituellement décriées, longuement admirées dans les Musées ! Je pense à un artiste contemporain, Botero, et tout naturellement je me souviens d'une certaine "croisade" que nous avions menée tambour battant par l'intermédiaire de nos blogs orange. Le but était de publier quasi en même temps des oeuvres de Botero, qui se retrouvaient sur "le mur d'images" d'orange (car orange faisait transiter par son mur d'images toutes les photos qui passaient en Une dans un article à l'heure H). Ce fût un de mes meilleurs souvenirs des blogs orange.
Nous en avions un peu assez de ceux qui publiaient en Une des photos de femmes très dénudées et très aguicheuses, pour attirer "le chaland" sur leur blog. Car lorsque l'envie vous prenait de cliquer sur la petite vignette du mur d'images, vous vous retrouviez aussitôt propulsé(e) sur le blog qui avait publié la photo de Une.
Ainsi donc, en soirée, il n'y avait pratiquement que de belles rondes sur le mur d'images ! C'était très agréable. Nous nous sommes tous beaucoup amusés, même si, après coup, orange a censuré presque toutes nos images - alors que les images autrement plus "hot" et même à la limite de la pornographie, passaient sans aucun problème !
Enfin, c'est une autre histoire. Mais ça rappellera de bons souvenirs aux anciens d'orange.

Parlons de Botéro... Vous l'imaginez sûrement en FA (ce terme, aux Etats-Unis, veut dire Fat Admirer, et concerne généralement les hommes friands de femmes rondes ou grosses). Mais pas du tout ! Il est marié avec une femme mince, sa famille est très bien proportionnée, et lui même ne sait pas expliquer pourquoi il est devenu incontournable dans le monde artistique en temps que "peintre des gros" !

Fragment de couvercle de sarcophage anthropoïde 350 av. JC Jeune femme en buste de Pierre-Narcisse Guérin

Ah qu'il était doux le temps où arborer un double menton était symbole de beauté et de sensualité !

Sumo de Vladimir Gavronsky

Savez-vous que les sumotoris, au Japon, sont de véritables dieux vivants ? Les midinettes et même les femmes plus âgées sont folles d'eux ! A chacun de leur passage, ils déclenchent une vague d'hystérie collective, des évanouissements dans la population féminine. Et tant mieux pour eux car ils dépassent rarement la cinquantaine, le coeur noyé par la graisse ... Ils le savent mais l'acceptent : pour être un dieu vivant, il faut bien faire quelques sacrifices.

Œuvre "Carne Cruda" de Karl Dupéré-Richer
 Quant à la laideur, le combat n'est pas gagné ! A s'il même commencé ? Qu'est-ce que la laideur ? C'est avoir une particularité physique qui choque, qui est hors norme ? Quels sont là aussi les critères de la laideur ? Et pourquoi certains artistes s'attachent-ils parfois à peindre ce qui - à priori - est sensé nous faire réagir négativement ?
Veulent-ils dénoncer ceux qui fuient la laideur ? Veulent-ils montrer que la laideur peut-être un sujet attachant ? Ce portrait de Quentin Metsys (15ème siècle), intitulé "la vieille femme" est sans doute celui qui se rapproche le plus de la laideur faite femme. Mais plus que le portrait d'une "moche", ce style de peinture s'apparente à la description du "grotesque".
Voici ce que dit "Le Web pédagogique" concernant cette toile ainsi que de la suivante intitulée "le mariage arrangé".


"
Metsys a toujours porté une attention particulière au contraste entre la beauté et la laideur. A cet égard, la caricature de la laideur, physique comme morale, est une leçon de morale du peintre. Certains historiens d’art estiment par exemple qu’à travers le portrait de la “Vieille femme”, Metsys s’inspire d’une leçon de son ami Erasme, tiré de l’Eloge de la Folie” et qui moque ces “vieilles femmes qui jouent la coquette avec leurs seins ridés”.( . . . )

"On peut retrouver dans le portrait des époux du mariage arrangé, cette leçon de morale et ce contraste entre laideur et beauté à tous les sens du terme, jeunesse et vieillesse, à travers une satire sociale."

"Le mariage arrangé"

"Vieille femme"

"Les mangeurs de pommes de terre" de Van Gogh

"Dessin d'une paysanne" de Van Gogh

L'aspect "grotesque" des "mangeurs de pommes de terre" de Van Gogh n'était pas une provocation de sa part et encore moins un mépris envers cette famille pauvre. Bien au contraire, il connaissait parfaitement ce milieu défavorisé puisqu'il avait été amené, au tout début de sa vie d'adulte, à travailler parmi cette population. Il était en quelque sorte un travailleur social. Il les a décrits comme il les a vus. Il refusait d'enjoliver la réalité. C'était un témoin important, il lui incombait de peindre leur vie car c'est ainsi qu'il continuait à les aider !

Couple de Rony Ben-Nachum

Mais il n'y a pas que les femmes qui peuvent être "à croquer" ... Tel ce " Couple de Rony Ben -Nachum " qui plus que "gros" ou "sensuel" est avachi ... On peut sourire car après quelques dizaines d'années de mariage, on rencontre souvent ce genre de couples ! Oh, c'est plus de la caricature qu'autre chose, mais je trouve que c'est bien vu ! On imagine bien la femme, acariâtre et autoritaire, bien campée sur ses deux jambes, et le mari, regardant les matchs de foot à la télé sur le canapé, avec une bonne bière la main ! Exactement comme le couple Bidochon ! ... Les célèbres Raymonde et Robert du dessinateur de génie Binet !


Si chacun s'accorde pour dire que Rodin a été un très grand artiste, un sculpteur extraordinaire, il ne semble pas que le doute subsiste non plus pour dire de lui qu'il n'était pas vraiment un homme prévenant et gentil envers les femmes...
Camille Claudel a payé cher son amour envers le "Maître". Non seulement elle est devenue folle et a terminé sa vie dans un asile, mais Rodin n'a jamais eu de scrupules pour l'abaisser plus bas que terre en tant que femme mais également en tant qu'artiste. Pourtant Camille avait toutes les capacités pour aller justement plus loin que le Maître, mais Rodin ne supportait pas qu'on lui fasse de l'ombre ! Et si, pendant très longtemps, l'histoire n'a retenu d'elle que sa folie et le nom de son prestigieux amant, désormais les historiens de l'art n'émettent aucun doute quant à son talent d'artiste.
Bref, Auguste Rodin n'a jamais été tendre avec les femmes. Et quand il décide de montrer la vieillesse, il choisit de sculpter une femme. Et pas n'importe quelle femme ; une femme qui fût belle et dont il montre - mais toujours avec talent - la déchéance de son corps flétri.
Cette oeuvre sculptée, vue ici sous différents angles, s'intitule "Celle qui fut la belle Heaulmière". Ce titre vient d'un texte de Villon (15ème siècle) et parle d'une vieille femme qui regrette le temps de sa beauté, trop vite passé. C'est sous la forme d'un monologue que celle qui fût la belle Heaulmière décrit avec précision sa beauté de jadis et sa décrépitude advenue. Cette femme qui a inspiré ce beau texte à Villon et cette belle oeuvre à Rodin a réellement existé. Sa beauté était célèbre à Paris.
Mais heureusement, il y a d'autres artistes qui ne marquent pas aussi nettement la frontière ténue entre la beauté et la laideur.
Aussi ai-je laissé non pas le mot de la fin, mais les oeuvres de la fin à Pablo Picasso. Car - comment dire cela ? - il n'y a jamais eu son pareil pour gommer complètement la différence entre beauté et laideur. Il a su rendre beau ce qui aurait pu être laid, et laid ce qui aurait pu être beau. Mais en fait le "jugement" ne vient pas de lui, l'artiste ... Il vient de nous qui regardons ses oeuvres. Il y a ceux qui aiment Picasso et ceux qui n'aiment pas Picasso. Quant à moi, je ne vois ni beauté ni laideur dans les quatre derniers portraits de femme de l'artiste. Non, c'est mieux que cela, j'y vois de l'Amour, beaucoup d'Amour, et un grand respect pour La Femme. Merci à toi l'Artiste !






































































mardi 28 juillet 2009

L'été, la plage ... Découvrir, se découvrir ... S'aimer, se haïr. Plage en été, lieu de tous les dangers !

Soir de Septembre de Maurice Denis ~ 1911
Enfant au bonnet rouge de Maurice Denis ~ 1909


Plage du Pouldu de Maurice Denis


Ah ! La plage ! Fantasme - pour la plupart - de toute une année pour quinze jours de vacances en été !
Savez-vous que les fantasmes ne doivent pas être réalisés car sinon, l'imagination doit aller plus loin et plus fort pour trouver un autre fantasme ?
Bon, vous voilà averti(e)s !
Et pourtant, du côté de Perpignan, la foule est dense sur chaque mètre carré de sable... La plage est bien le seul endroit où se côtoient quasiment nus un grand nombre de personnes qui n'ont rien en commun, hormis le lieu de leurs vacances !
Je ne parle pas des gens du cru (dont je fais partie) qui regardent d'un oeil goguenard cette foultitude de personnes si différentes les unes des autres et qui forcément, à un moment ou à un autre, se trouveront incommodés par leur voisin de plage (plus rarement par leur voisine, surtout si elle est blonde à gros seins).

The Bathers de Paul Fischer

A Morning Dip de Paul Fischer

Sunbathing In The Dunes de Paul Fischer

Bref, la plage peut vite tourner à la lutte de territoire, telle que l'on probablement connue nos ancêtres de la préhistoire.
Quand on a des enfants en bas âge, on ne comprend pas comment on peut s'agacer d'entendre les charmants cris de joie des petits et de leurs parents affolés, à la vue de la grosse méduse qui flotte tranquillement dans le seau en plastique, objet obligatoire pour tout enfant normalement constitué. Les enfants sont contents de leur prise, mais les parents font un tapage de tous les diables demandant instamment à leur progéniture d'aller rejeter à la mer la chose gluante!
Donc, la sieste que vous aviez entamée cinq minutes auparavant se trouve fort injustement interrompue ! Et vous n'osez pas retourner à l'eau de peur que la grosse masse gélatineuse se trouve encore dans les parages...



Illustrations de Myriam Feuilloley


Nude on the Beach de Lord Frederick Leighton

La plage est aussi l'endroit où, peut-être pour la seule fois de l'année, on expose aux regards son intimité. De peur de rencontrer votre concierge - ou pire encore, votre inspecteur des impôts - vêtus d'un seul caleçon de bain, voir même d'un slip de bain, ce qui vous traumatiserait encore davantage, vous partez donc très loin de chez vous, de préférence près de chez moi (mais si j'aime les touristes, quelle drôle d'idée !) et vous vous trouvez, heureusement sans le savoir, auprès d'autres concierges, d'autres inspecteurs des impôts et des représentants d'un peu toutes les professions!

La plage expose les corps, mais aussi les comportements. Les mères de famille hystériques, comme je l'ai écrit un peu plus haut, mais aussi tous les intolérants, les voyeurs, les exhibitionnistes, les boulangers, les secrétaires, les plombiers, bref tout le monde !!!!
Mais vous vous en fichez, vu que vous ne les connaissez pas. Enfin, presque, car le monde est petit et le Sud de la France encore davantage !
Si vous êtes venu(e)s à la plage seul(e), parce que vos enfants sont grands et vont de leur côté, ou que vous vous accordez une parenthèse de vacances en solitaire et - si possible - en toute sérénité, vous risquez fort de très rapidement vous lasser des cris exaspérants des enfants qui viennent de trouver une vieille capote (croyant que c'était une méduse) et qui la ramène fièrement, dans leur seau en plastique, à leurs parents qui deviennent hystériques ! Ces derniers étant horrifiés pratiquement autant qu'avec la masse gélatineuse de tout à l'heure, et peinant même à faire la différence entre les deux. Quoiqu'il en soit, leur instinct de parents se réveille et se rend compte qu'il n'est pas plus sain de jouer avec l'une qu'avec l'autre !

Vous allez donc pousser des soupirs contrariés, agacés, vous retourner plusieurs fois sur votre serviette, en espérant que les parents concernés, ainsi que leur charmante progéniture, réalisent à quel point ils vous dérangent !
Hors, tout vacancier contrarié sur la plage peut rapidement se laisser déborder par son animalité qui prend le dessus parmi cette horde de touristes à demi-nus, et sauter à la gorge d'un importun. S'ils possèdent un parasol, réfléchissez à deux fois avant de soupirer car chaque année, on déplore des accidents avec des parasols ayant traversés de part en part un voisin de serviette ! On dit que c'est la tramontane, mais je sais que ce n'est pas vrai ! Pour preuve, j'ai moi même été prise de folie passagère en embrochant joyeusement un ch'ti se plaignant que Perpignan n'était pas le "vrai Sud" et que c'était un pays de merde où il y avait tout le temps du vent.
Je ne peux répéter ici ce que je lui ai dit avant de l'embrocher, car cela serait immédiatement censuré...


Oui, la plage est bien l'endroit où les plus bas instincts de l'homme peuvent se révéler au grand jour ! Je me souviens être allée à la plage, il y a quatre ou cinq ans. Je me baignais gentiment, il n'y avait pas grand monde. La plus grande partie de nos chers touristes avaient rejoint le grand nord, c'est-à-dire un peu plus haut que Narbonne (vue de Perpignan). Je surveillais d'un oeil attentif mon fils quand un monsieur, au demeurant fort sympathique, s'approche de moi. J'étais debout avec l'eau jusqu'aux épaules. Il commence à discuter en parlant des enfants. Forcément j'étais intéressée puisque concernée, et lui n'avait pas eu à se fouler pour trouver un sujet de conversation, puisque mon fils nageait à quelques mètres. On commence donc à discuter et au bout d'un moment, je trouvais que ce Monsieur était un peu "collant". J'essayais donc d'attirer l'attention de mon fils pour qu'il ne me laisse surtout pas seule et qu'il intervienne d'une façon ou d'une autre pour me tirer de ce mauvais pas !
Hélas, mon grand a compris tout le contraire ! Il a cru que j'étais en galante compagnie (tu parles !) et que je voulais qu'il s'éloigne un peu (après tout j'étais une jeune divorcée pleine de charme et d'enthousiasme pour faire de nouvelles rencontres). J'ai donc vu avec horreur s'éloigner mon seul et unique moyen de larguer le boulet... A peine cinq minutes s'étaient écoulées que l'individu me mettait la main aux fesses de la même façon que cela m'était arrivé dans le métro parisien un jour de grève ! J'étais tellement surprise que je n'ai pas eu l'idée de lui mettre une baffe. Je l'ai copieusement assaisonné de noms d'oiseaux et il s'est tranquillement dirigé vers la plage, sans se laisser désarçonner.

Illustration de Myriam Feuilloley

Ah oui, il s'en passe de belles l'été sur nos plages ! Nous sommes dénudés, et certain(e)s développent une lubricité qui dépasse l'entendement.
Drôle de microcosme, un lieu très spécial où des gens que tout oppose se retrouvent collés serrés. Et pourtant, comme les animaux, nous avons besoin de nous créer un espace vital quand nous arrivons sur la plage. C'est toujours très amusant de regarder un petit groupe familial (ou non) s'installer et prendre "possession" des lieux. On étend des serviettes, on plante un parasol comme Amstrong a planté le drapeau sur la lune. On établit un périmètre de sécurité avec quelques serviettes ou objets. Glacière par ici, panier par là, un fauteuil ici et un autre là-bas. Et cela devient pour quelques heures l'espace privé d'une poignée de personnes...
Enfin je dis "on" mais je fais la même chose ! Je viens seule maintenant que mes enfants sont grands, mais j'avoue - à ma grande honte - installer mon "campement" comme si nous étions dix ! Une serviette de plage très très grande d'un côté, un fauteuil de plage de l'autre côté ... une tong à droite, une tong à gauche et une demi-douzaine d'accessoires de plage divers et variés.

Quel drame quand un garnement traverse l'espace vital (le mien par exemple !) d'un groupe sur SON territoire ! Surtout quand il éclabousse au passage, envoie du sable et mets le pied sur une serviette... On se sent vraiment mal, viscéralement atteint !

Oui, c'est une certitude, l'homme est un animal. Il aime marquer son territoire, quitte à ce que ça se termine (sur la plage) en guerre des tranchées ! Souvent les insultes fusent ... Je me souviens du propriétaire d'un gentil toutou qui avait pissé (le toutou, pas le maître) sur le sac à dos de mon fils et qui est resté complètement ahuri devant la crudité de mon langage ! Attendez... non seulement on s'attaquait à MON territoire, mais pire encore à MON fils (oui, bon, à son sac si vous préférez, mais quand même !!!).

Les enfants sont souvent les sujets volontaires ou - plus rarement - involontaires des disputes des adultes sur les plages. Car ce grand espace de liberté semble tellement fait pour amuser les enfants qu'on en oublierait presque le plaisir des adultes de se trouver dans ce lieu de sérénité et de paix (quand il n'y a pas les enfants)... Même lieu mais deux façons de voir les choses. D'où dérapages sans fin entre adultes qui défendent leur progéniture envers et contre tout.

Mais bon, si chacun trouve son petit bout de Paradis, la plage peut se révéler un lieu vraiment formidable.


Et si vraiment vous n'en pouvez plus d'entendre hurler la radio de votre voisin de serviette, ou de recevoir du sable à chaque fois que le gamin de la famille d'à côté passe en courant, faites comme moi, courez dans l'eau ! Il y a de la place pour tous et même davantage ! Allongez-vous sur le dos pour faire la planche, les oreilles dans l'eau et c'est miraculeux ! Vous avez le ciel immense et bleu en face de vous, vous n'entendez plus qu'un bourdonnement cotonneux, et le soleil caresse votre corps ! Et ça, c'est inestimable !
Bonnes vacances !

Texte de Marie B.

Deux Femmes courant sur la plage de Pablo Picasso

On the Beach de Vaggelis Fragiadakis

From the Deck de Laura McMillan

Les Premiers pas dit aussi Famille au bord de la mer Maurice Denis ~ 1911

























Illustrations de Myriam Feuilloley

Enfants sur le sable de Stacey

Children Playing On The Beach de Mary Cassat

A day at the beach de Jeffrey T. Larson

Girl on the Beach d'Edvard Munch