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dimanche 12 juillet 2009

Franck Saïssi : artiste niçois contemporain, expressionniste, déjanté

Vieil hibou moisi de Franck Saïssi

Mes copies ont enfin quitté la maison ! Ouf ! J'ai donc repris mes pérégrinations dans les galeries d'art virtuelles pour dénicher "l'oiseau rare" dont j'allais vous parler et peut-être même que j'allais vous faire découvrir.

L'art contemporain regorge d'artistes de talent, mais encore faut-il aller à leur rencontre. Il est en effet plus facile de se documenter sur les peintres "classiques" connus et reconnus, que d'en découvrir des nouveaux.

J'ai donc eu un coup de coeur pour Franck Saïssi. Né en 1975, il est bourré de talent et a déjà une longue "carrière" derrière lui.
Je trouve que ses oeuvres sont d'une grande force, elles sont puissantes et en même temps, elles sont parfois très drôles, surtout quand il peint des animaux, en particulier des oiseaux. Mais parfois aussi, quand il peint des personnes, il leur donne une tristesse, une crudité qui fait mal, une mise à nu qui ressemble presque à une mise à mort.

Allez visiter son site dont l'adresse est ci-dessous. C'est un artiste complet, il est aussi photographe, sculpteur, vidéaste... et j'en passe ! Actuellement Franck Saïssi vit et travaille à Nice. Laissons-le nous dire quelques mots :

"Aujourd'hui je tache de travailler sur quelques sujets et m'y tenir, les oiseaux, l'humain et son côté sapiens ou pas sapiens, et j'abandonne le modèle, la représentation d'après nature, pour orienter mon travail vers la projection et la représentation mentale, plus libre et qui m'apprend plus sur moi même..."
Son site internet : http://www.francksaissi.com
Sans titre

Je trouve que Franck Saïssi nous montre
une réalité sans concession.
Ce que nous n'avons probablement
pas envie de voir.
Cette femme assise sur le couvercle des W.C,
nue, les pieds dans le bidet, est tout sauf "glamour".
C'est l'antithèse de ce que nous
montrent les magazines.
Oui, toutes les femmes ont des
moments comme cela.
Elles sont lasses, elles ont les jambes lourdes après
avoir travaillé peut-être des heures debout...
C'est un moment intime
qu'aucune femme n'a envie
d'exposer aux regards. Elle se détend.
Elle ôte son masque et se repose enfin.
Les murs de la salle de bain ont
le même teint terreux qu'elle.
Sur son front, une marque rouge,
insolite, incongrue.
Le même rouge que l'on retrouve sur ce qui semble
être une serviette de toilette, sur le rebord du bidet.
Curieux ce rouge. Je ne trouve pas d'explications.
Amadeo

Même tristesse, les yeux presque invisibles,
enfoncés dans les orbites,
presque comme des taches noires.
Les cheveux sont en bataille,
des épis rebelles se dressent sur la tête de l'homme.
On dirait une de ces photos prise
dans un "photomaton",
et que l'on jette après tellement on se trouve laid...
Le cri d'Edward Munch

Pour rappel, Edward Munch est un des pionners de l'expressionisme. Il a peint cette oeuvre sublime en 1893. Mais laissons Munch nous parler lui-même de la Genèse de son "cri" : « Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d'un coup le ciel devint rouge sang — je m'arrêtais, fatigué, et m'appuyais sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et la ville — mes amis continuèrent, et j'y restais, tremblant d'anxiété — je sentais un cri infini qui se passait à travers l'univers. »

Si je parle d'Edward Munch, et particulièrement de son tableau "Le cri", c'est parce que dans les productions de Franck Saïssi qui suivent, je trouve qu'il y a là comme un développement de ce qu'a peint E. Munch. Une humanité qui souffre, Une humanité qui se révolte... D'ailleurs le titre de ces tableaux est "Révolutions", suivi par un nombre.

Révolutions 4
(Je ne sais pas ce que représentent
ces signes en arrière-plan,
mais peut-être aurez-vous une idée ?)

Révolutions 6

Révolutions 7

Révolutions 3

Révolutions 10

Révolutions 9

Révolutions 8

Révolutions 2

Conditionnement

Ici, c'est nous qui avons envie de crier, de nous révolter. Cette femme enceinte qui marche dans un flots de voitures dont les pots d'échappement évacuent des fumées noires, épaisses, elle nous touche et surtout la vue de son foetus exposé lui aussi à la fumée grasse qu'elle respire. Fumée qui se transforme en une arme qui vise l'enfant à naître. Franck Saïssi dénonce ici la pollution qui nous entoure. Qui touche les plus faibles, sans même que l'on en ai conscience. Un peu plus loin, en arrière-plan, une autre femme et un enfant. C'est peut-être une projection du futur de la femme enceinte et de son enfant. Conditionnement, tel est le titre de cette peinture. La seconde femme essaie de protéger son enfant des voitures
en mettant devant lui un bras protecteur.

Mais l'humanité est désormais conditionnée pour tout accepter.

C'est si triste et si dur !


Nu sous la pluie

Dure aussi cette peinture qui dégouline de traces noires. Nous apprenons que c'est la pluie, en lisant le titre. Et effectivement, dans le haut du tableau, on peut apercevoir une masse noirâtre, sans doute de gros nuages qui apportent cette pluie polluée.
Que font là ces corbeaux ?

Ils semblent se regarder d'un air de connivence.

Que savent-ils que la femme ne sait pas ?

Beaucoup de questions et bien peu de réponses !


Lecture bleue

Il ne serait pas juste de déduire que Franck Saïssi est un artiste torturé qui ne sait peindre que des oeuvres tourmentées dans la palette des noirs, des gris ou des teintes terreuses.
Cette lecture bleue est sereine et douce.
Et bien entendu, je l'aime beaucoup !

Porcs

Dogclass

C'est avec beaucoup d'humour
que Franck
Saïssi se prend
au jeu de donner aux animaux la place normalement dédiée à l'homme.
Il y a beaucoup d'humour dans ses "porcs"
jouant aux cartes et
aux machines à sous dans un casino.
Quand on regarde bien,
il y a nombre de petits détails qui font sourire.
Regardez ce tout petit porc, en bout de table,
avec son oeil de pirate !
Et la tête un peu ahurie
de ce premier porc à la machine à sous !

Cette classe de chiens aussi est très amusante.
Il n'y manque rien !
Ni le professeur vieillissant à la peau toute plissée,
ni le cancre avec le bonnet d'âne et puni au coin !
Le premier de la classe, à la table
la plus proche du bureau du prof,
aboyant déjà la réponse à la question posée...
Et même l'écriture au tableau
est adaptée aux élèves
de cette classe un peu particulière !
Nous allons aborder maintenant les oiseaux comme thème de prédilection de Franck Saïssi.
Ce sont souvent des corbeaux,
et ils sont souvent très amusants.
Je vous laisse les découvrir.

Upside Down

Tremoline

Rassemblement

Piafs

Piaf vite

Paco

Lueur

Piaf nageur en marche

L'espouvantaillou

Duo de choc

Couvage

Chassé croisé

C'est d'actualité en cette période
de départ en vacances !


Agonie

Ce tableau là, par contre, ne me fait pas rire. Et ce n'était certainement pas le but de Franck Saïssi que de nous amuser avec l'image de ce pauvre oiseau mazouté. Cela me rappelle les images que l'on voyait à la télé à chaque "marée noire". Tous ces oiseaux englués, qui ne pouvaient plus de dépétrer cette masse gluante, puante et sale. Comme c'était triste ! L'homme et sa folie. Ce n'est pas nouveau.

A l'eau

L'oiseau et la mer

Texte et légendes Marie B.

vendredi 3 juillet 2009

Steven Kenny, des oiseaux et des hommes ...


The Crux

Steven Kenny est un artiste que j'apprécie beaucoup et depuis longtemps. Il peint la nature, l'animal et l'homme qui est partie intégrante de son environnement sauvage.
J'aime aussi Steven Kenny car il peint beaucoup les oiseaux. Sa peinture ne tombe jamais dans la mièvrerie.
Il essaie de rester neutre dans ce qu'il nous montre. Parfois la nature (et par là j'entends aussi les animaux autres que l'homme) et l'homme entrent en symbiose ; parfois aussi Steven Kenny sait nous montrer que la cruauté fait partie de nous : hommes, animaux, nature.

The Egg

Ici, Steven Kenny est pris en flagrant délit
de voler un oeuf.
Le couple de colombes s'affole,
mais l'homme semble jouer.
Interprétation ? Je n'ai pas toutes les clés,
et puis toutes les pistes sont
bien sûr à explorer ...

The wreath (La Guirlande)

Les hommes peuvent être cruels ou bons, envers eux et/ou envers leur environnement ; parfois les animaux peuvent être cruels ou bons, les uns envers les autres (et là je pense surtout à l'homme).

The Semaphore

Ici la couronne est d'épines, et la femme semble bien cruelle. Le sémaphore ? C'est une sorte de phare, qui guide les navires... Ce sémaphore là n'a été qu'un piège pour percer le coeur de ces blanches colombes et faire apparaître comme un nid ce qui sera l'instrument de leur mort.

The Scaffold (l'échafaudage)

C'est l'homme qui est en cage ici, mais il semble indifférent à son propre sort.
Peut-être parce qu'il "se sent pousser des ailes" et qu'il sait déjà que le meilleur reste à venir ?

The figure praying

Quelle est donc la prière de cette femme ?
Le rêve secret de l'Homme depuis
qu'il est Homme ?
Celui de voler tel un oiseau ?

Fledge (traduction un peu hasardeuse mais qui indique la croissance des plumes...)

Enfin ! L'homme a les ailes qui poussent,
mais pas dans le dos, comme les anges !
L'homme n'est pas un ange !
Les ailes ont poussé (à force de prières ?) sur les côtés des pieds, comme à Mercure...
Mais quand il s'agit de s'élancer
du haut de la falaise,
à l'instar des oisillons qui vont tester pour la première fois l'expérience du vol,
la peur saisit l'homme, on le sait en voyant ses orteils se contracter, tentant de se dérober.
Mais le guide patient est là,
l'oiseau ami, l'oiseau parent,
il nous montre le "chemin"
ou plutôt la voie des airs...


The last Dodo (Le dernier Dodo)

Le dodo est cet oiseau malheureusement disparu aujourd'hui, on le disait trop "bête" parce qu'il faisait confiance à l'homme et se laissait approcher très facilement.
Ici, l'homme représenté est Steven Kenny lui même, on le reconnaît également dans les deux peintures en haut de l'article. Dans cette peinture, l'homme se rachète de sa faute. L'extinction du Dodo a été provoquée par l'homme
et l'homme doit sauver
"The last Dodo".

The Swan (le Cygne)

L'oiseau est mort, mais son plumage ne réchauffe pas celle qui le porte.
L'oiseau est mort en vain.
La mort ne doit pas tenir chaud, c'est ainsi...
Le sacrifice de l'un ne sauvera pas l'autre.
C'est vivre ensemble ou mourir ensemble ...
Et c'est très bien ainsi.


Il y a toute la multiplicité des sentiments : de la cruauté à l'amour, dont Steven Kenny se sert comme d'une palette pour nous montrer que tout n'est pas blanc ni noir. L'animal et l'homme sont intrinsèquement liés, pour le meilleur et pour le pire, et en tout cas se partageant le même "territoire"...

The blindfold (Le bandeau)

Cette femme s'en remet à l'oiseau pour la guider.
Il est ses yeux, Il est son guide.
Mais il est aussi celui qui l'aveugle...
Il est attaché à elle, ils sont donc liés, ils doivent ne faire qu'un pour avancer.
Elle ne peut le libérer de ses liens, il ne peut donc la libérer de son bandeau.
Qui donc a lié ces deux là d'un ruban rouge ?
Lié l'oiseau à la femme,
l'oiseau qui aveugle la femme,
Lié les mains de la femme
dans un geste de prière, et à l'intérieur
d'une cage d'épines pour qu'elles ne puissent
se libérer puis libérer l'oiseau ?


Voici une superbe série de "perchoirs" peints par Steven Kenny à différentes périodes de sa vie. Je les aime beaucoup.





Steven Kenny est, pour moi, un des artistes qui réussit le mieux à peindre la complexité de l'homme et de l'animalité qu'il porte encore en lui mais qu'il tente de refouler. Quitte à ne plus se sentir en harmonie avec son milieu originel : la terre.

heartbeat

J'aime beaucoup cette image
qui me rend nostalgique du Commencement.
L'être humain à l'écoute du coeur de la Terre.
L'Homme qui semble si fragile
et qui pourtant dominera la Terre
et la conduira - sans doute - à sa perte ...

http://www.stevenkenny.com/index.html


Textes et légendes Marie B.