bleumarie
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vendredi 20 juin 2014



L'enfant que j'étais
(auteure et interprète Jeanne Moreau)

L'enfant que j'étais me tourmente
Elle est gentille, elle est charmante
Mais je la trouve trop présente
Elle me traite sans égard
Elle m'obsède, elle m'égare
Et transparaît dans mes regards

L'enfant que j'étais est méchante
Pieds joints dans mon cœur, elle se plante
Elle réclame, elle est violente
Comment pourras-tu l'apaiser ?
Toujours, elle se sent lésée
Et veut bien plus que des baisers
Ha ha ha ha
Ha ha ha ha

L'enfant en moi est désarmante
Elle veut être plus qu'une amante
Et l'idée de la mort la hante
Je voudrais pouvoir l'endormir
Ou peut-être la faire sourire
Exaucer un de ses désirs

Cette enfant trop souvent se plaint
Qui donc la prendra par la main
Et lui parlera de demain ?
Je ne puis m'en débarrasser
Car elle attend, jamais lassée
Obstinément, les yeux baissés
Ha ha ha ha
Ha ha ha ha

Cette enfant vivrait au soleil
Rêverait au bruit des abeilles
Les doigts égrenant des groseilles
Elle n'aime que le bruit de l'eau
Le goût de l'amour sur sa peau
Elle ne reçoit que les cadeaux

Cette enfant est vraiment démente
Elle se plaint et se lamente
Souvent, je hais cette mendiante
Elle ignore le parfum des fleurs
Ne reconnaît plus les couleurs
Confond le rire avec les pleurs
Ô douce enfant
Laisse-moi vivre !


Je ne suis pas fan de Jeanne Moreau mais la justesse des paroles de cette chanson me vont droit au coeur.
Je m'y reconnais et je pense que cette chanson peut être universelle car chacun peut effectivement s'y reconnaître.

Chacun a, au fond de lui, un peu de l'enfant qu'il ou qu'elle a été. Un peu de son bonheur aussi mais également de ses souffrances.
Que seraient nos vies sans la nostalgie de ces années d'innocence ?

dimanche 24 octobre 2010

L'histoire de la boîte au pélican avec des dents


Il y a parfois des histoires belles, un peu étranges, auxquelles on ne s'attend pas. Et j'aimerai vous conter celle qui m'est arrivée.
Comme vous le savez peut-être, je me consacre de plus en plus à la photographie. Mais étant très souvent dans l'impossibilité de me promener pour photographier ce qui m'entoure, j'ai pris la décision de prendre comme sujet des objets qui me tiennent à cœur. J'aime beaucoup les oiseaux, comme mon tatouage sur le bras tend à le prouver. Et je me suis rendue compte que chez moi, j'ai beaucoup d'objets décorés d'un ou de plusieurs oiseaux.
La plupart de ces objets sont des boîtes. Des grandes, (comme des boîtes à Panettone, ce gâteau d'origine italienne que nous mangeons traditionnellement le matin de Noël) des moyennes (faites par mon frère pour des anniversaires) et des petites boîtes dans le style des piluliers.
J'ai aussi des vases, des assiettes.... et partout des oiseaux.
Du coup, piquée au jeu, j'ai commencé à regarder sur ebay pour rechercher ce qui pouvait exister dans le genre d'objets décorés avec des oiseaux (dans mes prix, c'est-à-dire à budget très modeste).
Et j'ai trouvé ça :



Alors bien sûr, là, vous voyez ma propre photo. Lorsque j'ai vu l'objet en question, voilà comme il était présenté :


Oui, l'effet n'est pas tout à fait le même,
n'est-ce pas ? Ceci est sans conteste dû à mon talent de photographe....


Bref, j'ai un peu hésité et puis comme la boîte ne coûtait que 8 euros, j'ai enchéri en me disant que si quelqu'un surenchérissait sur moi, je laisserai tomber l'affaire.
Mais il était dit que cette boîte devait m'appartenir. J'ai donc payé puis reçu mon achat quelques jours plus tard.

Mais quelle surprise ! Tout d'abord, cette boîte est en liège, ce qui n'est pas vraiment commun. Et, même si des efforts maladroits ont voulu "rajeunir" l'objet en le peignant (les traces de peinture sont beaucoup plus visibles sur les photographies que dans la réalité), il semble vraiment ancien. Et les éléments sculptés sont vraiment étonnants, un peu effrayants aussi.
Il y a bien entendu ce très curieux pélican avec des dents, mais voici des photographies de détails se trouvant sur le couvercle ou sur les côtés de la boîte.


Sur le dessus, côté gauche
    
Sur le dessus, en haut

Sur le dessus, à droite mais normalement tête en bas

Sur l'un des côtés

Sur l'un des côtés

Sur l'un des côtés

Sur l'un des côtés

Intérieur, sous le couvercle

Détail de la photo sous le couvercle, à l'intérieur

Intérieur tissu

Détail du "pélican à dents"

Sous le couvercle,une signature et une date : 1915

Personnellement, je regrette ce qui a été fait, visiblement assez récemment, à l'intérieur de cette boîte.
Mais peut-être la photographie évoquera t-elle chez vous l'idée d'un pays ? Ce pourrait être une première piste.
Car bien sûr, l'objet me fascine et me questionne. J'ai interrogé la personne qui m'a vendu la boîte sur ebay. Mais la piste ne remonte pas bien loin, elle l'a elle-même achetée lors d'un vide-grenier à Nice.
Alors j'ai cherché "oiseau à dents" sur google. Curieusement, j'ai trouvé une image d'une similitude troublante.

Cet oiseau est un Pelagornis chilensis, un oiseau à "dents osseuses ". C'est bien entendu un dinosaure appartenant à la famille des Pelagornithidae, qui se compose de grands oiseaux marins dont la caractéristique remarquable est le bec long et mince doté d’excroissances - ou épines osseuses- formant de pseudo-dents.  Ces "dents" auraient probablement été utilisées pour la capture des proies glissantes dans l'océan, comme les poissons, et de calmars.

Ce n'est pas tout à fait ce que j'espérais trouver. Je m'attendais à avoir des résultats dans la mythologie, qui m'auraient peut-être indiqué la provenance de la boîte ; mais non. Le mystère reste entier. Quelle est donc l'origine de cet objet ? Pourquoi dessiner un dinosaure sur une boîte qui semble ancienne ? Et les autres "décorations", la chauve-souris, l'insecte à tête humaine, le visage aux grandes oreilles ?
Bref, n'hésitez pas à me donner votre avis, cela me ravirait d'en apprendre davantage sur mon acquisition.

Mais ma recherche ne fût pas vaine. J'ai trouvé, en cherchant à "pélican avec des dents", ce magnifique poème d'Alfred de Musset.
J'avais envie de le partager avec vous... pour me faire un peu pardonner de n'avoir jamais le temps de venir sur vos blogs vous saluer comme il se doit, vous remercier de votre fidélité.
A tous bon dimanche, et pour certain(e)s veinard(e)s, bonnes vacances de la Toussaint.


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Le Pélican d'Alfred de Musset

Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,
Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du cœur:
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.

Lorsque le pélican, lassé-d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.

Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur;
L'océan était vide et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.

Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.

Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant,
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.

Poète, c'est ainsi que font les grands poètes.
Ils laissent s'égayer ceux qui vivent un temps;
Mais les festins humains qu'ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.

Quand ils parlent ainsi d'espérances trompées,
De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur,
Ce n'est pas un concert à dilater le cœur.
Leurs déclamations sont comme des épées:
Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant,
Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.”

Alfred de Musset (1810 - 1857) - La Nuit de mai (extrait)

 

La plupart des photographies sont personnelles et donc sous copyright, ainsi que le texte de mon article. Ceci est une propriété intellectuelle. Si vous désirez utiliser l'un ou l'autre, merci de me demander l'autorisation préalable.

mercredi 29 septembre 2010

Didier Massé, l'homme qui murmurait à l'oreille des fleurs ...

Scabieuse

Voici enfin le second (mais pas le dernier !) chapitre consacré au photographe Didier Massé. Tout d'abord, je remercie tous ceux qui ont mis de chaleureux commentaires suite au premier chapitre.
Didier mérite bien vos éloges.
Aujourd'hui, je vais vous parler de Didier Massé et des fleurs. Fleurs auxquelles il accorde une attention particulière car, pour lui, les femmes sont des fleurs.... et (peut-être ?) voit-il les fleurs comme des femmes.
En tout cas, il photographie les fleurs avec beaucoup d'attention et de talent. Comme il photographie les femmes d'ailleurs.
Bref, on peut dire que Didier Massé est l'homme qui murmure à l'oreille des fleurs.
Comprendre les fleurs pour mieux comprendre les femmes ? Là, c'est à lui de nous le dire.

Muscaris Et Perles De Rosée
Depuis très longtemps, dans la littérature, les femmes ont souvent été comparées à des fleurs. Et bien des poèmes évoquant des fleurs étaient souvent à double lecture, avec une connotation sexuelle quand on lisait entre les lignes.
Qui ne connaît le poème de Ronsard : "Mignonne allons voir si la rose, Qui ce matin avait déclose, etc ...
Au 16ème siècle déjà, la double lecture était bien là. Je vous laisse le soin de deviner l'objet réel de ce poème car là n'est pas mon propos aujourd'hui.

La danseuse I

Voyons comment, à l'instar de Didier Massé, les poètes et les écrivains ont parlé de la femme sous couvert de parler de fleurs.

Mais pour rappel, souvenons-nous de quelques héroïnes de romans célèbres qui portaient des noms ou surnoms évocateurs :
  • Dans "Les mystères de Paris" d'Eugène Sue, le personnage féminin principal se nomme "Fleur-de-Marie".
  • "Fleur-de-Lys" est un personnage du roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.
  • "Amaryllis"  se retrouve comme prénom dans une pièce d'Alexis Piron (1689-1773)(Attendant le moment le plus doux de ma vie,
    tendre amour ! En ces lieux soupire une élégie.
    Charmante Amaryllis dont l' éclat sans pareil
    me paraît comparable à l'éclat du soleil !
    L'heureux Myrthil t'attend sur l'herbette et la mousse.)
ROSES

Et n'oublions pas tous les prénoms féminins qui sont aussi des noms de fleurs, et ceci dans toutes les civilisations, dans tous les pays.
  • Mon arrière grand-mère se prénommait Églantine (c'est une rose sauvage).
  • Rose est aussi bien sûr un prénom très largement donné aux filles.
  • Hortense
  • Marguerite
  • Marjolaine
  • Anémone
  • Et si je dis Pâquerette, certains des anciens blogueurs orange auront une pensée pour "notre" Pâquerette.

BOUTON DE PAQUERETTE

Il existe des centaines, voir davantage de prénoms féminins associés aux fleurs.

Certaines expressions "florales"de la langue française sont également dédiées aux femmes :
  • Fleur, se dit figurément, en parlant de certaines choses, pour désigner le temps où elles sont dans toute leur beauté, dans leur plus grand éclat, comme les arbres et les plantes lorsqu'ils sont en fleur. Être dans la fleur, à la fleur de ses jours... c'est dans la fleur de la jeunesse. Elle était alors dans la fleur de sa beauté, dans toute la fleur de sa beauté, la fleur de la beauté n'a qu'un temps.
  • La fleur de la virginité, La virginité même. On dit quelquefois, un peu librement : Mademoiselle a perdu sa fleur.
(Extrait du Dictionnaire de l'Académie française, Volume 1, Par l'Académie française, Institut de France, octobre 1835)

ROSES AU PETIT MATIN

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Oeillets

 Des fleurs et des femmes, photographies de Didier Massé et extraits littéraires


Le bouquet de tulipes I

Extrait de "La tulipe noire" d'Alexandre Dumas

[...] "Rosa sentit son cœur se serrer dans sa poitrine ; des larmes jaillirent jusqu'à ses yeux.
— Hélas ! dit-elle.
— Quoi ? demanda Cornélius.
— Je vois une chose.
— Que voyez-vous ?
— Je vois, dit la jeune fille éclatant en sanglots; je vois que vous aimez tant les tulipes, qu'il n'y a plus place dans votre cœur pour une autre affection.
Et elle s'enfuit.
Cornélius passa ce soir-là et après le départ de la jeune fille une des plus mauvaises nuits qu'il eût jamais passées.
Rosa était courroucée contre lui, et elle avait raison. Elle ne reviendrait plus voir le prisonnier peut-être, et il n'aurait plus de nouvelles, ni de Rosa ni de ses tulipes.
Maintenant, comment allons-nous expliquer ce bizarre caractère aux tulipiers parfaits tels qu'il en existe encore en ce monde.
Nous l'avouons à la honte de notre héros et de l'horticulture, de ses deux amours, celui que Cornélius se sentit le plus enclin à regretter, ce fut l'amour de Rosa, et lorsque vers trois heures du matin il s'endormit harassé de fatigue, harcelé de craintes, bourrelé de remords, la grande tulipe noire céda le premier rang, dans les rêves, aux yeux bleus si doux de la Frisonne blonde.

[...] Mais la pauvre Rosa, enfermée dans sa chambre, ne pouvait savoir à qui ou à quoi rêvait Cornélius.
Il en résultait que, d'après ce qu'il lui avait dit, Rosa était bien plus encline à croire qu'il rêvait à sa tulipe qu'à elle, et cependant Rosa se trompait. Mais comme personne n'était là pour dire à Rosa qu'elle se trompait, comme les paroles imprudentes de Cornélius étaient
tombées sur son âme comme des gouttes de poison, Rosa ne rêvait pas, elle pleurait.
En effet, comme Rosa était une créature d'esprit élevé, d'un sens droit et profond, Rosa se rendait justice, non point quant à ses qualités morales et physiques, mais quant à sa position sociale.
Cornélius était savant, Cornélius était riche, ou du moins l'avait été avant la confiscation de ses biens ; Cornélius était de cette bourgeoisie de commerce, plus fière de ses enseignes de boutique tracées, formées en blason, que ne l'a jamais été la noblesse de race de ses armoiries héréditaires. Cornélius pouvait donc trouver Rosa bonne pour une distraction, mais à coup sûr quand il s'agirait d'engager son cœur, ce serait plutôt à une tulipe, c'est-à-dire à la plus noble et à la plus fière des fleurs qu'il l'engagerait, qu'à Rosa, humble fille d'un geôlier.
[...] Lui, de son côté, se réveilla plus amoureux que jamais. La tulipe était bien encore lumineuse et vivante dans sa pensée, mais enfin il ne la voyait plus comme un trésor auquel il dût tout sacrifier, même Rosa, mais comme une fleur précieuse, une merveilleuse combinaison de la nature et de l'art que Dieu lui accordait pour le corsage de sa maîtresse."

TULIPE

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Extrait de la revue 5 Historique Politique et Littéraire; par une société de gens de lettres,
Du décadi 10 fructidor 3 tan quatrième
de la République Française.
( Samedi 27 août 1796, vieux style. )

La Philosophie de l'Univers est précédée d'un morceau intitulé Oromasis.
C'est un dialogue entre Oromasis et Arimane.
[...]
Oromasis arrange, ordonne la matière, crée les mondes, les plantes, les animaux, l'homme , enfin la femme , chef-d'œuvre de la création.
Voici de quelle manière l'auteur suppose qu'Oromasis termine l'œuvre de la création, par celle de la femme ; il s'adresse à
l'homme qu'il vient de former :
"Pour ta félicité , je mettrai tous mes soins à fabriquer mon dernier chef-d'œuvre. Dans les plantes j'ai fait de la fleur, destinée à produire le fruit , ce qu'il y a de plus agréable, de plus brillant, de travaillé avec le plus d'art : la femme sera la fleur du genre humain.

Delphine

À moi tous les éléments de la beauté, de la grâce, des vertus, de la sensibilité, de la bienfaisance et de la douceur.
Arrangez-vous, combinez-vous pour plaire et pour enchanter. Je pouvais créer l'homme à mon image ; je n'ai pour la femme de modèle que le beau idéal. Qu'elle soit la plus parfaite des créatures visibles; et, s'il se peut, la plus heureuse.
Que son cœur batte plus vite que celui de l'homme. Qu'elle vive plus en moins de temps, et cependant que sa carrière aussi soit plus longue; elle sera bonne et secourable jusqu'à son dernier moment. Qu'elle serve à trois générations; qu'elle fasse le bonheur de son amant, de ses enfants, de ses petits enfants encore ; et que dans tous les âges la tendresse qu'elle fera naître soit toujours mêlée de respect. Que des nerfs délicats portent à tous ses sens des affections rapides. Que son pied léger soit propre à la danse, et sa blanche main aux caresses ; qu'elle ne les prodigue , ni à la course , ni à de trop rudes travaux. Que sa taille élégante et ses membres arrondis appellent et peignent la volupté par tous leurs mouvements ; qu'un doux satin les couvre, et ne puisse, être touché sans embraser le téméraire. Que ses beaux yeux soient le miroir de son âme ; qu'on y lise une indulgente et affectueuse bonté ; que même en se baissant, ils trahissent ses sentiments secrets. Que son haleine répande le parfum de la pêche ; qu'on en voie le duvet sur ses joues ; qu'un vermillon expressif les colore , et que, dans une tendre pensée , une pudeur ingénue le porte quelquefois jusqu'à son front. Que son sein éblouissant représente les globes célestes ; qu'un bouton de rose en soit le pôle aimanté; qu'il offre au désir sa première jouissance, à l'enfance son premier aliment ; et qu'on ignore à jamais lequel, du père ou du fils, il aura rendu le plus heureux."

Coeur de pavot

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Les femmes et les fleurs.

Discours prononcé le 11 mars 1858 à la société royale
d'horticulture de Liège par M. Charles Morren, président honoraire de la Société.

"Rien ne saurait, en effet, mieux s'allier que la femme et les fleurs; aucune harmonie n'est plus suave et plus gracieuse; la femme qui s'est toujours vue représentée par une fleur, dans tous les temps, dans tous les pays, par tous les poètes, la femme qui n'est que dévouement et amour, comment n'aimerait-elle pas ces êtres délicats comme elle, comme elle doués d'une beauté ravissante et d'une grâce enchanteresse, ces êtres qui demandent, comme ses enfants, les soins de tous les moments et l'attention la plus soutenue. Mais aussi, si l'enfant récompense sa mère par le premier sourire que ses lèvres ont formé, la plante, par la fraîcheur de ses corolles et le parfum de ses bouquets, ne semble-t-elle pas sourire aussi à celle qui lui a prodigué ses soins ?
[...]

GERBERAS

Partout l'antiquité nous montre les fleurs associées aux femmes, les images des unes éveillant le souvenir des autres, des déesses présidant aux grands phénomènes de la vie végétale. Faut-il s'étonner après cela de voir des espèces de plantes consacrées plus spécialement aux cultes de ces divinités ? Le saule pleureur était l'arbre de Junon, le saule blanc celui de Cérès, la thesmophore ou la législatrice, le frêne à fleurs qui produit la manne, celui de Némésis, la déesse vengeresse, le pin pignon celui de Cybèle; le myrte était l'arbre de Vénus, l'olivier celui de Minerve, et l'if aux sombres rameaux était consacré aux Furies.
Des plantes cultivées pour l'usage des hommes et leur servant de nourriture étaient encore dédiées à quelques-unes de ces déesses; ainsi Vénus avait sa poire dans notre poire commune, sa pomme dans notre poire de coing, comme pour indiquer que le culte de la divinité porte parfois des fruits aussi acerbes que ceux de cet arbre. L'orange était la pomme d'or des filles D'hesper, et la grenade la pomme de Junon; l'amande était le fruit de Cybèle, et nos fèves le légume des mauvais génies. Les fleurs avaient aussi leurs allégories. Le safran était la fleur de l'aurore, notre iris odorant celle de la messagère de Junon. Le lys blanc que le christianisme a dédié aux vierges martyres, était la fleur de la reine des Dieux; notre thym serpolet, l'humble verdure de nos montagnes, était consacré aux Muses. Proserpine avait la violette. Des larmes que Vénus versa pour Adonis sortirent les anémones, mais la déesse de la beauté avait encore pour fleur sacrée la jolie Agrostemme coronaire (Agrostemma coronaria) et, s'il faut s'en référer à Pline, la plante à laquelle on donnait le nom de lèvres de Vénus, arrêtait les insectes par les fleurs armées d'épines. [...]"

Portrait de chardon 1

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Histoire de la littérature anglaise, Volume 1 par Hippolyte Taine

"Ces prairies, rouges et blanches de fleurs toujours humectées et toujours jeunes, laissent s'envoler leur voile de brume dorée et apparaissent tout d'un coup timidement, comme de belles vierges. Là est la fleur du coucou, qui pousse avant la venue de l'hirondelle, la jacinthe des prés azurée comme des veines de femme, la fleur du souci qui se couche avec le soleil et se lève avec lui, pleurante.
[...]

Fleurs champêtres 3

Cérès, la libérale reine, parmi ses riches cultures, blés, avoines, orges, pois en fleur, parmi ses montagnes herbeuses où paissent les brebis broutantes, parmi ses ruisseaux et ses rives où regorgent les lis et les pivoines qu'Avril, l'humide Avril, pare pour en faire des couronnes aux chastes nymphes.
— Iris dont les ailes de safran versent sur les fleurs des gouttes parfumées et des ondées rafraîchissantes, Iris, la riche écharpe de la terre, qui de chaque bout de son arc bleu couronne les champs boisés et les pentes dégarnies.
— Flore, brillante et parée, assise superbement au milieu de la pompe de toutes ses fleurs, et qui déploie le vert éblouissant de son manteau de fête.
Toutes les splendeurs et les douceurs du pays moite et mouillé, toutes les particularités, toute l'opulence de ses teintes fondues, de son ciel changeant, de sa végétation luxuriante, viennent ainsi se rassembler autour des dieux qui leur donnent un corps, et un beau corps.
Dans la vie de chaque homme il y a des moments où, en présence des choses, il éprouve un choc. Cet amas d'idées, de souvenirs tronqués, d'images ébauchées qui gisent obscurément dans tous les coins de son esprit, s'ébranle, s'organise, et tout d'un coup se développe comme une fleur. Il en est ravi, il ne peut s'empêcher de regarder et d'admirer la charmante créature qui vient d'éclore; il veut la voir encore, en voir de pareilles, et ne songe point à autre chose.
[...]
Ses lèvres sont des roses toutes trempées dans la rosée, — ou pareilles à la pourpre de la fleur du narcisse. — Ses yeux, ses beaux yeux, ressemblent aux pures clartés — qui animent le soleil ou égayent le jour. — Ses joues sont comme des lis épanouis plongés dans le vin, — ou comme des grains de belles grenades trempés dans le lait,—ou comme des fils de neige dans des réseaux de soie cramoisie, — ou comme des nuages splendides au coucher du soleil."

Crocus

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Extrait des Œuvres illustrées de George Sand

[...]"Vous voulez paraître jeunes, et vous vous faites immodestes ? Calcul bizarre, énigme insoluble ! La femme, pensent certaines effrontées, doit être comme la fleur qui montre son sein à mesure qu'elle s'épanouit. Mais elles ne savent donc pas que la femme ne passe pas, comme la rose, de la beauté à la mort ! Elle a le bonheur de conserver en elle, après la perte de son éclat, un parfum plus durable que celui des roses." [...]

Rose en fin de vie sous la pluie

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"L'invitation au voyage"de Baudelaire

"Qu’ils cherchent, qu’ils cherchent encore, qu’ils reculent sans cesse les limites de leur bonheur, ces alchimistes de l’horticulture ! Qu’ils proposent des prix de soixante et de cent mille florins pour qui résoudra leurs ambitieux problèmes ! Moi, j’ai trouvé ma tulipe noire et mon dahlia bleu !

Fleur incomparable, tulipe retrouvée, allégorique dahlia, c’est là, n’est-ce pas, dans ce beau pays si calme et si rêveur, qu’il faudrait aller vivre et fleurir? Ne serais-tu pas encadrée dans ton analogie, et ne pourrais-tu pas te mirer, pour parler comme les mystiques, dans ta propre correspondance ?"

ANTHARIUM

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Et enfin, ce petit poème coquin, pour qui sait (une fois encore) lire entre les lignes... Comprenne qui pourra !

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Polissonnerie de Voltaire

"Je cherche un petit bois touffu,
Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre, s'il n'est pas tondu
Un gentil labyrinthe.
Tous les mois, on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ;
Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.

- Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage ;
Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage ;
Car si vous pleuriez tout de bon,
Des pleurs comme les vôtres
Pourraient, dans une autre saison,
M'en faire verser d'autres.

- Quoi ! Vous craignez l'évènement
De l'amoureux mystère ;
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère ;
L'amant, modérant sa raison,
Dans cette aimable guerre,
Sait bien arroser le gazon
Sans imbiber la terre.

- Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire ;
Mais dans ce fortuné moment
On ne se connait guère.
L'amour maîtrisant vos désirs,
Vous ne seriez plus maître
De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna l'être."

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Arum


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Texture d'Iris





Photographies de Didier Massé protégées par copyright. Ne pas télécharger sans l'autorisation écrite de son auteur.

Merci de respecter la propriété intellectuelle.

Marie B.

mercredi 2 septembre 2009

Mes vacances : du bleu : mer, ciel ;du soleil, la famille parasols, Carla !, la maison des chats, les requins bleus,le chat-garou, le GIGN de la mer !


Tant de choses à raconter et si peu de temps ! Je viens seulement de "récupérer" ma connexion internet (ma livebox a rendu l'âme) alors que je suis rentrée depuis samedi. Et je repars mardi 8 septembre pour me faire opérer... Une longue hospitalisation (entre 4 à 6 mois) s'en suivra en centre de rééducation...
Inutile de dire que mon clavier risque de prendre la poussière !
Mais vous aurez sans doute des petits articles de temps à autre, d'anciens amisNET d'Orange...
J'espère que vous allez bien. Je ne voudrais pas faire "étalage" de mes vacances ; je sais que vous êtes nombreux à ne pas être partis. Mais mon but est de vous distraire, et de partager les plus belles de mes photos (j'en ai pris 750 !).
Parmi ces photos, il y a des levers de soleil. Ils étaient différents chaque jour, et chaque jour je me levais très tôt pour pouvoir saisir ce moment particulier.
J'étais sur la plage entre 8h et 8h30... Le meilleur moment ! La mer était d'huile, et c'était si doux de se baigner dans une eau fraîche après la chaleur nocturne.
Mais trêve de bavardage. Avant de vous raconter en détail quelques épisodes amusants de ces vacances, voici quelques levers de soleil. Ce qui est bien quand on habite dans les Pyrénées Orientales, c'est justement qu'on a le soleil juste en face quand il se lève et que l'on est sur la plage...

P.S : Aucune photo n'a été retouchée. Ce que vous voyez correspond exactement à ce que j'ai vu, rien de plus, rien de moins !





Photos Marie B.

Les plages sont séparées par des petites barres de rochers construites pour éviter l'érosion du sable par la mer...
Ce matin là, il faisait gris. Et le voile de grisaille s'est déchiqueté petit à petit. Dans l'eau, je me récitais ce merveilleux poème de Baudelaire que j'aime tant :

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

P.S : Ne vous inquiétez pas, le reste est beaucoup plus drôle ! Je vous laisse ce premier article pour vous faire patienter mais je reviens dans la journée vous mettre la suite !

mercredi 15 juillet 2009

Femme à la fenêtre - Thème "fil rouge" de ce blog





Louis ARAGON : LES MAINS D'ELSA


Une femme nue à sa fenêtre
offerte
au printemps séculaire
Des oiseaux
près de son appartement
se regroupent
pour un conciliabule
les rues se peuplent
d'anges vagabonds
de marchands de pacotille
de vestales du bitume
La voie est libre
comme l'air de la soute
comme le chant du rossignol
comme le parachute
parmi les nuages
La voie est libre
pour laisser place
aux veuves fraternelles
aux fugueurs de l'espace
La voie est libre
pour plonger dans l'inconnu

Une femme nue à sa fenêtre
déploie les frasques du désir
dans ses yeux fastueux
se reflètent déjà
des rendez-vous prometteurs


Poésie d'Aède - http://www.toutelapoesie.com/


La femme en bleu de Marnia