bleumarie
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jeudi 20 décembre 2012

ELLE

 
  


 

Elle partage ma vie depuis plus de dix ans.
Elle est exigeante et possessive.
Elle est retorse et diabolique.
Elle est jalouse et me détourne de ma famille, de mes amis.
Elle me réveille la nuit par ses caresses brûlantes.
Elle me surveille et m'étreint à chaque instant.
Elle partage mon lit, elle partage ma vie.
Elle se nourrit de mon souffle et me tient éveillée.
Elle me tourmente, elle me hante.
Elle enrage quand, pour quelques secondes, je l'oublie.
Elle sait tout de moi.
Elle exploite mes failles et mes faiblesses.
Elle me veut à genoux devant elle.
Elle fait gémir mon corps et affole mon esprit.
Elle est mon obsession et mon ivresse.
Elle m'oblige parfois à imaginer que, sans elle, je n'existerais pas.
Elle me dit à l'oreille qu'elle me rend plus vivante.

Elle est ma douleur.
Elle est la somme de mes souffrances.
Elle est la maladie, le cauchemar de ma vie.

Elle me marque au fer rouge un peu plus chaque jour.
Elle me brise. Elle me démembre. Elle m'écrase. Elle m'épuise. Elle me brûle. Elle me transperce. Elle me crucifie...
Elle, Elle, Elle ...














C'est mon quotidien qu'Elle rend inhumain.
C'est ma famille qu'Elle prend en otage.
C'est mon entourage qu'Elle décourage.
C'est ainsi. C'est ma vie. Je n'ai pas choisi.













Difficile d'en parler, d'écrire : c'est une expérience intime.
On est si seul avec sa douleur.

Mais certaines nuits, écrire peut être un défouloir.
Même si tout cela est peut-être incompréhensible pour beaucoup d'entre vous,
durant quelques instants, je L'ai tenue à distance.
Et curieusement, c'est en parlant d'Elle que je suis parvenue à L'oublier un peu...

 


Merci de bien vouloir respecter le droit à la propriété intellectuelle et de ne pas utiliser tout ou partie de ce texte ou de ces photos sans mon autorisation écrite.

mardi 3 août 2010

Il était une fois...


Je suis revenue mais cependant, je ne parviens pas à me réinsérer dans ma vie d'avant. Durant ces huit mois de rééducation, il s'est passé beaucoup de choses mais le temps était aussi comme suspendu.
On aurait dit que j'étais dans une bulle intemporelle. Je progressais tellement lentement vers le retour de la station debout, puis de la marche, que je n'imaginais pas qu'ailleurs la vie quotidienne s'écoulait pour tous.
Ce n'était pas un excès d'égoïsme, mais je devais me concentrer, rassembler toutes mes forces pour faire ces minuscules progrès qui m'ont amenée à pouvoir sortir du centre de rééducation.
Ainsi je suis sortie. Chancelante, faible, et totalement déboussolée d'avoir passé tout ce temps en vase clos.
C'est difficile de se réhabituer à vivre dans son environnement quand tant de temps et tant de choses se sont passés.
Je lisais tous vos commentaires, j'y trouvais du réconfort, mais je ne parvenais pas à aller vers vous.
Et ce qui est vrai dans le virtuel l'était aussi dans la réalité.
J'étais à nouveau dans une bulle où mon quotidien n'était rythmé que par les trois rendez-vous hebdomadaires chez mon kiné, et mes rendez-vous chez les médecins de temps à autre.
Et enfin le temps des vacances est arrivé. Je suis partie deux semaines en location en bord de mer, toute seule et c'était vraiment un sacré challenge ! Je n'étais pas sûre d'y parvenir. Mais beaucoup d'efforts, de souffrance aussi, m'ont permis d'aller de l'avant, à mon rythme. J'avais mon appareil photo avec moi et c'est l'envie de ramener de belles photos qui m'a conduite de plus en plus loin, marchant avec une béquille mais marchant quand même !



 Après beaucoup de douleurs jusqu'au milieu de la première semaine, j'ai commencé à aller mieux. J'ai pu diminuer la morphine. Je me levais avant le soleil pour pouvoir le photographier quand il apparaissait à l'horizon.
Ensuite, j'étais la première sur la plage, aux environs de 8 heures du matin. Je me baignais dans une mer d'huile et j'ai enfin retrouvé de la sérénité.
Bref, j'ai fait un long voyage et j'étais incapable jusqu'à maintenant de m'ouvrir à vous de ces soucis intimes. C'était mon secret mais j'ai décidé de le partager avec vous, pour que vous me compreniez...


 Je vous offre quelques-unes de mes photos de mes quinze jours au bord de la mer. Quand je pense à l'émotion que je ressentais le matin, en me levant avant l'aurore, je parviens à rester sereine.
Et ça, j'en ai besoin plus que tout.
Merci à tous pour vos commentaires. Au moins, je sais que j'ai continué d'exister ici, pendant que mon corps endurait la souffrance ailleurs, bien loin d'ici (géographiquement et psychiquement).
Prenez soin de vous. La santé est vraiment un trésor, de la santé découlent toutes les belles choses de la vie.




Bleumarie
Toutes les photographies de cet article 
sont de Marie B. et sous copyright.
Merci de ne pas les "emprunter" sans mon autorisation.

mardi 8 décembre 2009

Attendre . . .

Chers tous,
Encore une fois merci pour vos commentaires qui me font si chaud au cœur, et désolée de ne vous donner qu'une réponse collective.
Je ne peux vraiment pas faire autrement, je dois limiter mon temps d'enfermement dans mon "placard" !
Les choses se compliquent un peu pour moi. C'est la seconde semaine de suite que je suis obligée de suspendre mes soins. En fait, j'ai certainement voulu trop en faire et je paie les pots cassés. Je serrai les dents pour pouvoir tenir ma promesse de sortir définitivement pour noël, et du coup ce ne sera qu'une permission. Je suis prolongée au moins jusqu'au 15 janvier 2010 (et j'en serai à plus de 4 mois d'hospitalisation).
Je ne vous cache pas ma tristesse.
J'ai retrouvé dans mon agenda un texte que j'avais écrit justement quand j'étais dans la salle d'attente du chirurgien.
Pardonnez-moi de ne pas vous apporter de la gaieté, mais mon cœur est dans le blues.



On est tous là, dans la salle d'attente. Air compassé, mine triste de rigueur.
Attente de qui, de quoi ?
Où est la salle des pas perdus ?
Mes pas perdus ne le sont pas pour tout le monde.
Le chirurgien tout puissant derrière la porte, le regard affûté, l'œil rayon X, nous imagine déjà . . .
Ouverts, sanguinolents,
Couverts du champ opératoire qui fera de nous : qui un genou, qui une épaule, qui une colonne vertébrale.
Moi, je ne serai qu'un genou bétadiné exposé sous la lumière violente typique des salles d'opération.
Je n'en suis pas encore là. J'attends le prince, le roi du scalpel.
Celui qui détient le savoir et la toute puissance sur mon genou.

Toutes ces opérations qui ont marqué mon corps ne pourront jamais être effacées. Même par les caresses délicates d'un amant dévoué et ardent.
Ardent ! Un mot, un de plus qui n'est plus fait pour moi.
J'ai trop aimé, j'ai tant aimé . . .
J'étais toute entière contenue dans ce mot : "ardent".
Un mot qui effraie et qui fascine. On peut se brûler à un feu ardent et les braises que les flammes veulent bien laisser sont encore bien vivaces !
Ne dit-on pas "Marcher sur des charbons ardents ?"
Que suis-je devenue ? Cette souffrance qui est devenue la compagne des mes jours et de mes nuits.
Parfois si violente que je sens la colère m'envahir ainsi que l'envie d'en finir.
Parfois douleur "exquise", je fais le tout petit geste qui va déclencher la douleur, juste pour me sentir vivante.
Douleur pour m'inciter à mourir.
Douleur pour me sentir vivre.
Ma vie est un mouvement de balancier. Je ne peux jamais prévoir, anticiper, la fulgurance de la souffrance.
Et pourtant j'avance.
Une heure après une autre.
Mouvement de balancier.
Une journée après une autre.
Mouvement de balancier.
Une semaine, un mois, une année,
bientôt huit années ...
Mouvement de balancier.
Texte Marie B.