bleumarie
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mardi 11 août 2009

La sieste !

Il s'en passe de drôles dans cette rue là, vous pouvez me croire, j'en parle en spécialiste !




"La sieste de Klark" de Pa Gillet

Le mot SIESTE vient du latin "sixta" qui signifie "la sixième heure du jour".













La sieste désigne ainsi le sommeil pris en milieu de journée, vers la sixième heure du jour, mais aussi, plus généralement, toute forme de repos (avec ou sans endormissement) pris en cours de journée par opposition au sommeil de la nuit.

Couple sur la plage de Juan-les-Pins de Brassaï ~ 1934



Je ne suis pas méditerranéenne pour rien. Toujours, y compris durant les longues années où j'ai pu habiter ailleurs que dans le Sud, j'ai connu à la fois la douceur et les affres de la sieste.
La douceur quand je pouvais me laisser aller à mon pêché mignon, et les affres quand, pour une raison ou pour une autre, je me devais de résister à la torpeur qui m'envahissait.

Intérieur à Nice d'Henri Matisse 1922







Je fais la sieste l'été, je fais la sieste l'hiver, après ou avant le repas (en général je ne mange pas le midi)... J'ai menti pour faire la sieste, j'ai rusé, j'ai failli ne jamais me marier (mon futur mari voulait me prouver que je pouvais me passer de faire la sieste!) pour continuer à faire la sieste ! D'ailleurs si j'avais écouté les appels au secours de mon corps en manque de sieste, je ne me serais pas mariée et bien entendu, je ne serais pas divorcée ! Enfin, personne n'a vraiment pu m'empêcher de faire la sieste - ou presque ...




Car comme tout le monde le sait, il y a sieste et sieste. La sieste coquine précède généralement la sieste tout court. Et comme c'est bon !
Quand je travaillais en-dehors, j'arrivais à rentrer chez moi et à dormir environ une heure. Mes collègues voyaient immédiatement les jours où je n'avais pas fait la sieste... L'oeil éteint, le dos voûté, ma tête dodelinant sur mes épaules comme celle des toutous qu'on mettait à l'arrière des voitures autrefois... Les pas chancelants ... Et si par malheur j'ajoutais à cela une petite demi-heure de lecture à haute voix par mes élèves de CE1, c'était la catastrophe !
Je m'endormais, je baillais à m'en décrocher la mâchoire, des larmes coulaient sur mes joues à force de bailler, bref je montrais là un exemple à ne surtout pas suivre !
Quand je partais (chaque année) en classe de mer, la sieste était obligatoirement au programme ! Les enfants devaient rester tranquilles dans leur chambrée pendant une bonne heure et demi, les mamans qui m'accompagnaient savaient qu'à ce moment là, c'était à elles de prendre la relève pour surveiller les enfants qui ne dormaient pas.
J'allais dans ma chambre, je mettais mes bouchons d'oreilles et, comme toujours, la tête sur l'oreiller, je m'enfonçais dans un sommeil apaisant.

Maintenant que je travaille depuis chez moi, je fais de vraies siestes. Celles qui me correspondent le mieux et qui respectent le plus mon biorythme. Elles durent entre une heure trente et deux heures. Si je suis très fatiguée, je peux même dormir trois heures, ou bien faire une sieste le matin et une sieste l'après-midi !
Je me suis aperçue, en notant mes heures de sommeil que, malgré tout, je ne dormais "que" huit heures sur la journée. Ce qui m'a étonnée. Bon, il m'arrive aussi de somnoler : dans une salle d'attente, devant la télé ... Mais la durée moyenne de mon sommeil reste sagement aux alentours de huit heures.

Nap time de Michele Nagle


J'aime la sieste. J'aime ce sentiment parfois qui m'envahit et me donne l'impression de braver un interdit (surtout en dehors de la période des vacances d'été). J'aime la fraîcheur des draps sur mon corps nu (je ne reste jamais habillée pour la sieste). J'ai la sensation de ronronner de plaisir à l'idée de m'évader du monde des éveillés.


Naptime de Ryan Aldrich
Je fais toujours mes plus beaux rêves pendant la sieste. Et c'est aussi là que je m'en souviens le mieux ! C'est toujours étrange cette plongée dans le sommeil, accentuée par le fait que je mette mes bouchons d'oreilles (uniquement pour la sieste et pas la nuit). Je suis dans une bulle, je n'entends plus qu'un brouhaha lointain, et je commence tout doucement m'endormir. Je dis tout doucement mais en fait, je ne me rends absolument pas compte que je m'endors. Je ne suis jamais dans l'attente de l'endormissement diurne, je crois même que je m'endors dès que ma tête a touché l'oreiller.

Winter nap de Paolo Nigris


Voilà, vous me connaissez mieux maintenant... Vous savez que si je ne réponds pas au téléphone durant "la méridienne", c'est que je n'entends pas la sonnerie... Toute ma vie s'organise autour de ma sieste. Je ne prends jamais de rendez-vous en début d'après-midi (sauf si obligation absolue), et l'idée même d'être privée de sieste m'est insupportable !




La siesta dite aussi La sieste de Denis Foyatier 1848

J'ai manqué des repas de famille à cause de la sieste, des rendez-vous sans doute importants... Mais pour me faire pardonner, au moins dans le cas des repas de famille, j'arrive pour le dessert. Et généralement, alors que je suis joyeuse et fraîche, je trouve des gens un peu apathiques, un peu atones, rendus mous par manque de sieste ! Car même par chez moi, on en trouve toujours qui ne savent pas faire la sieste, car la sieste est un art ! Et l'Art a souvent parlé de sieste !...



The Nap de Georges Lemmen ~ 1906

Les demoiselles du bord de la Seine de Gustave Courbet

Le Sommeil d'Alphonse Eugène Lecadre ~ 1872
Le vieux Chef ivoirien de Jean Bouchaud ~ début 20ème siècle





Siesta de Thomas Hans ~ 1889











Le pays de cocagne de Pieter Brueghel Le Vieux ~ 1567















La sieste de Paul Gauguin ~ vers 1892/1894














La sieste de Gustave Caillebotte ~ 1877











Regardez la tête de la demoiselle, pensez-vous vraiment qu'elle a raison de ne pas faire la sieste ??? Moi, j'ai de gros doutes !...
Les foins de Jules Bastien-Lepage ~ 1877


Pastorale de Mikhail F. Larionov ~ 1911

The Afternoon Nap de William Edward Millner ~ fin 19ème siècle



Faites la sieste où vous voulez, comme vous voulez ...
mais évitez de vous faire photographier pendant
que vous vous adonnez à ce "petit plaisir",
certain(e)s d'entre nous ne sont vraiment
pas "glamour"quand ils dorment !











(lui, c'est un malin !)
Désert blanc de David Rombaut











Toute en retenue et en discrétion, du grand ART que cette sieste là !
Sieste à Hanoï de Shane Marquand












Une finaude ! Elle ne s'endormira pas tant que le photographe sera dans les parages ! Son mari, quant à lui (tout à droite de la photo) ne se donne pas tant de peine... et il a bien raison !
Femme allongée sous un arbre dans le jardin de Paul Burty Havilande ~ début 20ème siècle







Pas vu, pas pris ? Ben si, y'a ton pied qui te trahit !
I went to see a construction site and i found these gentlemen taken a nap in their hammocks de Jorge Angel Gonzalez Freyre









Pas vraiment gracieux, mais lui ne gobe pas les mouches, comme celle de la photo ci-dessous !









Ben voilà ! Depuis, elle est devenue blonde, elle porte des lentilles bleues, et se fait appeler Loana...
Exhausted de Nico Gerbo















Pour piquer un roupillon tranquille, quoi de plus fûté que d'aller dans une bibliothèque et de prendre un gros livre qui fait sérieux ? Mon conseil (qui, je le rappelle est basé sur du vécu !), ne surtout pas ronfler, car là, on se fait virer direct et il faut se faire teindre en blonde, porter des lentilles bleues et se faire appeler Loana ! Enfin pour lui, on appliquera le plan B (pour chauves).
Lecteur endormi de Gisèle Freund ~ 1937








Il faut savoir prendre des risques, et puis ne dit-on pas "Au Portougal, la sieste n'a pas d'égal" ?
Nazaré Portugal d'Edouard Boubat ~ 1956




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Extrait du Dictionnaire De La Conversation Et De La Lecture (collectif) ~ 1838
SIESTE (dérivé du mot espagnol sies- ta et du verbe sestear), signifie faire la méridienne ou dormir après midi. En Orient, en Espagne , en Italie, dans tous les pays chauds, le mot sieste indique d'une manière générale le temps qu'on donne au sommeil pendant la journée. Toutefois nous ferons observer que dans la plupart de ces pays, le dîner ayant lieu vers le milieu du jour, le mot sieste indique d'une manière précise l'action de dormir après dîner.
— Les sueurs abondantes qu'on éprouve dans les climats chauds, donnant habituellement lieu à une déperdition considérable des forces et à un affaiblissement relatif de l'estomac, les digestions deviennent laborieuses, et appellent vers cet organe une somme de vitalité qui se trouve alors en moins dans les autres parties du corps, ce qui cause un engourdissement général des muscles , rend la tête pesante et toutes les fonctions languissantes.
De là résulte cet affaissement qu'on éprouve surtout après le repas du jour et qui provoque au sommeil. Sous ces latitudes chaudes, hommes et animaux cèdent également à ce besoin de repos et de sommeil qui se fait sentir durant les premières fatigues de la digestion. Nous pourrions même dire que l'état léthargique
qu'éprouve le serpent aussitôt après avoir avale sa proie constitue le type le plus prononcé de ce que nous appelons sieste.
Cette nécessité de dormir après le repas devient parfois si impérieuse, surtout chez les Orientaux, que, durant mon séjour en Egypte et en Syrie, j'ai vu de pauvres ouvriers refuser un salaire élevé plutôt que de se priver de leur sieste.
Dans ces contrées, toute politesse , tout devoir cède à l'urgente nécessité de dormir après dîner. Un jour d'été, me trouvant invité à dîner chez des dames grecques, dans l'île de Chypre, je fus étrangement surpris de voir les convives me laisser seul, au sortir de table, pour aller goûter l'indicible bonheur de la sieste.Une demi heure après, je les vis tous rentrer au divan, les uns bâillant encore, les autres s'essuyant le front et présentant l'aspect de gens qui viennent de dormir. Le danger même d'une position périlleuse ne suffit pas toujours pour soustraire à cet irrésistible besoin de la sieste. Parfois , j'ai rencontré dans les déserts des Arabes égarés par suite d'une sieste intempestive ou trop prolongée, durant laquelle ils s'étaient trouvés séparés de leur caravane.
Un Espagnol, de mes amis, éprouvait un tel besoin de dormir après avoir dîné que rien au monde ne pouvait l'y soustraire ; la sieste seule pouvait endormir son humeur jalouse. J'ai connu un chef de Bédoins qui était si enclin à dormir après ses repas, qu'il lui arrivait souvent de faire la sieste malgré la course rapide de son cheval ou le trot si incommode de son dromadaire. Il m'a également assuré que, lorsque les lions dévorent leur proie durant l'après- midi, ils éprouvent un si grand penchant pour le sommeil, qu'on peut alors les approcher d'assez près pour leur tendre des pièges et les combattre avec moins de danger.
Enfin, le besoin de dormir après midi est si grand dans les pays chauds, que, d'une heure à trois, les rues sont presque désertes et les maisons silencieuses comme de vraies solitudes.
— D'après les faits que nous venons de mentionner et les explications qui s'y rapportent, il est facile de comprendre que la sieste ou la méridienne sont évidemment inhérentes à la constitution des peuples du midi ; tandis que, dans nos contrées tempérées, la sieste n'est guère en usage que parmi de riches paresseux et dans quelques classes d'ouvriers dont les rudes travaux réclament un sommeil réparateur vers le milieu de la journée. Toutefois, il importe de faire observer que, si le sommeil diurne est nécessaire dans les pays très chauds et parfois utile dans nos climats d'Europe, l'abus qu'on en peut faire prédispose à certaines maladies , telles que la pléthore sanguine ou humorale , l'obésité , les congestions cérébrales et l'apoplexie même. Les personnes qui se livrent habituellement à un sommeil prolongé durant le jour ne tardent pas à éprouver un allanguissement des facultés intellectuelles qui peut conduire jusqu'à l'hébétude. Le sommeil nocturne suffit en général pour réparer les pertes de la veille ; y joindre le sommeil diurne , c'est s'éloigner du but assigné par la nature et vouloir encourir la plupart des graves inconvénients que nous venons de signaler. Le sommeil durant la nuit est toujours plus calme et plus réparateur que celui que l'on prend durant la journée. Or, comme la prolongation de la sieste n'a ordinairement lieu qu'au détriment du sommeil de la nuit, nous ne saurions trop recommander de suivre autant que possible la loi naturelle, qui assigne la nuit pour le sommeil et le jour pour le travail.

Dr L. Larat.

Comme je vous plains, chers lecteurs blogueurs habitant au Nord des Pyrénées Orientales, car si l'on en croit ce très sage docteur Larat, il n'y a qu'au Sud, dans les contrées chaudes qu'on
puisse prétendre à la sieste, sans passer pour un paresseux !
Et puis rassurez-vous, depuis la parution de cet ouvrage (1838), il y a eu beaucoup d'autres médecins qui se sont penchés sur cet appel exigeant et intransigeant de notre corps au repos. Vous trouverez bien, en cherchant, quelque article qui vous donnera bonne conscience en vous laissant aller à dormir un peu, en début d'après-midi.
Et puis si vous êtes dans le Sud pour les vacances, prenez le rythme de chez nous, tout simplement !

Sieste cochonne, sieste crapuleuse, ou encore appellée "Café des pauvres"
Photographie Luc H.

Sieste à Marrakech
Photographie de Christian Bazin

mardi 28 juillet 2009

L'été, la plage ... Découvrir, se découvrir ... S'aimer, se haïr. Plage en été, lieu de tous les dangers !

Soir de Septembre de Maurice Denis ~ 1911
Enfant au bonnet rouge de Maurice Denis ~ 1909


Plage du Pouldu de Maurice Denis


Ah ! La plage ! Fantasme - pour la plupart - de toute une année pour quinze jours de vacances en été !
Savez-vous que les fantasmes ne doivent pas être réalisés car sinon, l'imagination doit aller plus loin et plus fort pour trouver un autre fantasme ?
Bon, vous voilà averti(e)s !
Et pourtant, du côté de Perpignan, la foule est dense sur chaque mètre carré de sable... La plage est bien le seul endroit où se côtoient quasiment nus un grand nombre de personnes qui n'ont rien en commun, hormis le lieu de leurs vacances !
Je ne parle pas des gens du cru (dont je fais partie) qui regardent d'un oeil goguenard cette foultitude de personnes si différentes les unes des autres et qui forcément, à un moment ou à un autre, se trouveront incommodés par leur voisin de plage (plus rarement par leur voisine, surtout si elle est blonde à gros seins).

The Bathers de Paul Fischer

A Morning Dip de Paul Fischer

Sunbathing In The Dunes de Paul Fischer

Bref, la plage peut vite tourner à la lutte de territoire, telle que l'on probablement connue nos ancêtres de la préhistoire.
Quand on a des enfants en bas âge, on ne comprend pas comment on peut s'agacer d'entendre les charmants cris de joie des petits et de leurs parents affolés, à la vue de la grosse méduse qui flotte tranquillement dans le seau en plastique, objet obligatoire pour tout enfant normalement constitué. Les enfants sont contents de leur prise, mais les parents font un tapage de tous les diables demandant instamment à leur progéniture d'aller rejeter à la mer la chose gluante!
Donc, la sieste que vous aviez entamée cinq minutes auparavant se trouve fort injustement interrompue ! Et vous n'osez pas retourner à l'eau de peur que la grosse masse gélatineuse se trouve encore dans les parages...



Illustrations de Myriam Feuilloley


Nude on the Beach de Lord Frederick Leighton

La plage est aussi l'endroit où, peut-être pour la seule fois de l'année, on expose aux regards son intimité. De peur de rencontrer votre concierge - ou pire encore, votre inspecteur des impôts - vêtus d'un seul caleçon de bain, voir même d'un slip de bain, ce qui vous traumatiserait encore davantage, vous partez donc très loin de chez vous, de préférence près de chez moi (mais si j'aime les touristes, quelle drôle d'idée !) et vous vous trouvez, heureusement sans le savoir, auprès d'autres concierges, d'autres inspecteurs des impôts et des représentants d'un peu toutes les professions!

La plage expose les corps, mais aussi les comportements. Les mères de famille hystériques, comme je l'ai écrit un peu plus haut, mais aussi tous les intolérants, les voyeurs, les exhibitionnistes, les boulangers, les secrétaires, les plombiers, bref tout le monde !!!!
Mais vous vous en fichez, vu que vous ne les connaissez pas. Enfin, presque, car le monde est petit et le Sud de la France encore davantage !
Si vous êtes venu(e)s à la plage seul(e), parce que vos enfants sont grands et vont de leur côté, ou que vous vous accordez une parenthèse de vacances en solitaire et - si possible - en toute sérénité, vous risquez fort de très rapidement vous lasser des cris exaspérants des enfants qui viennent de trouver une vieille capote (croyant que c'était une méduse) et qui la ramène fièrement, dans leur seau en plastique, à leurs parents qui deviennent hystériques ! Ces derniers étant horrifiés pratiquement autant qu'avec la masse gélatineuse de tout à l'heure, et peinant même à faire la différence entre les deux. Quoiqu'il en soit, leur instinct de parents se réveille et se rend compte qu'il n'est pas plus sain de jouer avec l'une qu'avec l'autre !

Vous allez donc pousser des soupirs contrariés, agacés, vous retourner plusieurs fois sur votre serviette, en espérant que les parents concernés, ainsi que leur charmante progéniture, réalisent à quel point ils vous dérangent !
Hors, tout vacancier contrarié sur la plage peut rapidement se laisser déborder par son animalité qui prend le dessus parmi cette horde de touristes à demi-nus, et sauter à la gorge d'un importun. S'ils possèdent un parasol, réfléchissez à deux fois avant de soupirer car chaque année, on déplore des accidents avec des parasols ayant traversés de part en part un voisin de serviette ! On dit que c'est la tramontane, mais je sais que ce n'est pas vrai ! Pour preuve, j'ai moi même été prise de folie passagère en embrochant joyeusement un ch'ti se plaignant que Perpignan n'était pas le "vrai Sud" et que c'était un pays de merde où il y avait tout le temps du vent.
Je ne peux répéter ici ce que je lui ai dit avant de l'embrocher, car cela serait immédiatement censuré...


Oui, la plage est bien l'endroit où les plus bas instincts de l'homme peuvent se révéler au grand jour ! Je me souviens être allée à la plage, il y a quatre ou cinq ans. Je me baignais gentiment, il n'y avait pas grand monde. La plus grande partie de nos chers touristes avaient rejoint le grand nord, c'est-à-dire un peu plus haut que Narbonne (vue de Perpignan). Je surveillais d'un oeil attentif mon fils quand un monsieur, au demeurant fort sympathique, s'approche de moi. J'étais debout avec l'eau jusqu'aux épaules. Il commence à discuter en parlant des enfants. Forcément j'étais intéressée puisque concernée, et lui n'avait pas eu à se fouler pour trouver un sujet de conversation, puisque mon fils nageait à quelques mètres. On commence donc à discuter et au bout d'un moment, je trouvais que ce Monsieur était un peu "collant". J'essayais donc d'attirer l'attention de mon fils pour qu'il ne me laisse surtout pas seule et qu'il intervienne d'une façon ou d'une autre pour me tirer de ce mauvais pas !
Hélas, mon grand a compris tout le contraire ! Il a cru que j'étais en galante compagnie (tu parles !) et que je voulais qu'il s'éloigne un peu (après tout j'étais une jeune divorcée pleine de charme et d'enthousiasme pour faire de nouvelles rencontres). J'ai donc vu avec horreur s'éloigner mon seul et unique moyen de larguer le boulet... A peine cinq minutes s'étaient écoulées que l'individu me mettait la main aux fesses de la même façon que cela m'était arrivé dans le métro parisien un jour de grève ! J'étais tellement surprise que je n'ai pas eu l'idée de lui mettre une baffe. Je l'ai copieusement assaisonné de noms d'oiseaux et il s'est tranquillement dirigé vers la plage, sans se laisser désarçonner.

Illustration de Myriam Feuilloley

Ah oui, il s'en passe de belles l'été sur nos plages ! Nous sommes dénudés, et certain(e)s développent une lubricité qui dépasse l'entendement.
Drôle de microcosme, un lieu très spécial où des gens que tout oppose se retrouvent collés serrés. Et pourtant, comme les animaux, nous avons besoin de nous créer un espace vital quand nous arrivons sur la plage. C'est toujours très amusant de regarder un petit groupe familial (ou non) s'installer et prendre "possession" des lieux. On étend des serviettes, on plante un parasol comme Amstrong a planté le drapeau sur la lune. On établit un périmètre de sécurité avec quelques serviettes ou objets. Glacière par ici, panier par là, un fauteuil ici et un autre là-bas. Et cela devient pour quelques heures l'espace privé d'une poignée de personnes...
Enfin je dis "on" mais je fais la même chose ! Je viens seule maintenant que mes enfants sont grands, mais j'avoue - à ma grande honte - installer mon "campement" comme si nous étions dix ! Une serviette de plage très très grande d'un côté, un fauteuil de plage de l'autre côté ... une tong à droite, une tong à gauche et une demi-douzaine d'accessoires de plage divers et variés.

Quel drame quand un garnement traverse l'espace vital (le mien par exemple !) d'un groupe sur SON territoire ! Surtout quand il éclabousse au passage, envoie du sable et mets le pied sur une serviette... On se sent vraiment mal, viscéralement atteint !

Oui, c'est une certitude, l'homme est un animal. Il aime marquer son territoire, quitte à ce que ça se termine (sur la plage) en guerre des tranchées ! Souvent les insultes fusent ... Je me souviens du propriétaire d'un gentil toutou qui avait pissé (le toutou, pas le maître) sur le sac à dos de mon fils et qui est resté complètement ahuri devant la crudité de mon langage ! Attendez... non seulement on s'attaquait à MON territoire, mais pire encore à MON fils (oui, bon, à son sac si vous préférez, mais quand même !!!).

Les enfants sont souvent les sujets volontaires ou - plus rarement - involontaires des disputes des adultes sur les plages. Car ce grand espace de liberté semble tellement fait pour amuser les enfants qu'on en oublierait presque le plaisir des adultes de se trouver dans ce lieu de sérénité et de paix (quand il n'y a pas les enfants)... Même lieu mais deux façons de voir les choses. D'où dérapages sans fin entre adultes qui défendent leur progéniture envers et contre tout.

Mais bon, si chacun trouve son petit bout de Paradis, la plage peut se révéler un lieu vraiment formidable.


Et si vraiment vous n'en pouvez plus d'entendre hurler la radio de votre voisin de serviette, ou de recevoir du sable à chaque fois que le gamin de la famille d'à côté passe en courant, faites comme moi, courez dans l'eau ! Il y a de la place pour tous et même davantage ! Allongez-vous sur le dos pour faire la planche, les oreilles dans l'eau et c'est miraculeux ! Vous avez le ciel immense et bleu en face de vous, vous n'entendez plus qu'un bourdonnement cotonneux, et le soleil caresse votre corps ! Et ça, c'est inestimable !
Bonnes vacances !

Texte de Marie B.

Deux Femmes courant sur la plage de Pablo Picasso

On the Beach de Vaggelis Fragiadakis

From the Deck de Laura McMillan

Les Premiers pas dit aussi Famille au bord de la mer Maurice Denis ~ 1911

























Illustrations de Myriam Feuilloley

Enfants sur le sable de Stacey

Children Playing On The Beach de Mary Cassat

A day at the beach de Jeffrey T. Larson

Girl on the Beach d'Edvard Munch