bleumarie
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jeudi 20 décembre 2012

ELLE

 
  


 

Elle partage ma vie depuis plus de dix ans.
Elle est exigeante et possessive.
Elle est retorse et diabolique.
Elle est jalouse et me détourne de ma famille, de mes amis.
Elle me réveille la nuit par ses caresses brûlantes.
Elle me surveille et m'étreint à chaque instant.
Elle partage mon lit, elle partage ma vie.
Elle se nourrit de mon souffle et me tient éveillée.
Elle me tourmente, elle me hante.
Elle enrage quand, pour quelques secondes, je l'oublie.
Elle sait tout de moi.
Elle exploite mes failles et mes faiblesses.
Elle me veut à genoux devant elle.
Elle fait gémir mon corps et affole mon esprit.
Elle est mon obsession et mon ivresse.
Elle m'oblige parfois à imaginer que, sans elle, je n'existerais pas.
Elle me dit à l'oreille qu'elle me rend plus vivante.

Elle est ma douleur.
Elle est la somme de mes souffrances.
Elle est la maladie, le cauchemar de ma vie.

Elle me marque au fer rouge un peu plus chaque jour.
Elle me brise. Elle me démembre. Elle m'écrase. Elle m'épuise. Elle me brûle. Elle me transperce. Elle me crucifie...
Elle, Elle, Elle ...














C'est mon quotidien qu'Elle rend inhumain.
C'est ma famille qu'Elle prend en otage.
C'est mon entourage qu'Elle décourage.
C'est ainsi. C'est ma vie. Je n'ai pas choisi.













Difficile d'en parler, d'écrire : c'est une expérience intime.
On est si seul avec sa douleur.

Mais certaines nuits, écrire peut être un défouloir.
Même si tout cela est peut-être incompréhensible pour beaucoup d'entre vous,
durant quelques instants, je L'ai tenue à distance.
Et curieusement, c'est en parlant d'Elle que je suis parvenue à L'oublier un peu...

 


Merci de bien vouloir respecter le droit à la propriété intellectuelle et de ne pas utiliser tout ou partie de ce texte ou de ces photos sans mon autorisation écrite.

mercredi 22 juillet 2009

Solitude de Guy de Maupassant


SOLITUDE

C'était après un dîner d'hommes. On avait été fort gai. Un d'eux, un vieil ami, me dit :
- Veux-tu remonter à pied l'avenue des Champs-Élysées ?
Et nous voilà partis, suivant à pas lents la longue promenade, sous les arbres à peine vêtus de feuilles encore. Aucun bruit, que cette rumeur confuse et continue que fait Paris. Un vent frais nous passait sur le visage, et la légion des étoiles semait sur le ciel noir une poudre d'or.
Mon compagnon me dit :
- Je ne sais pourquoi, je respire mieux ici, la nuit, que partout ailleurs. Il me semble que ma pensée s'y élargit. J'ai, par moments, ces espèces de lueurs dans l'esprit qui font croire, pendant une seconde, qu'on va découvrir le divin secret des choses. Puis la fenêtre se referme. C'est fini.
De temps en temps, nous voyions glisser deux ombres le long des massifs ; nous passions devant un banc où deux êtres, assis côte à côte, ne faisaient qu'une tache noire.
Mon voisin murmura :
- Pauvres gens ! Ce n'est pas du dégoût qu'ils m'inspirent, mais une immense pitié. Parmi tous les mystères de la vie humaine, il en est un que j'ai pénétré : notre grand tourment dans l'existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu'à fuir cette solitude. Ceux-là, ces amoureux des bancs en plein air, cherchent, comme nous, comme toutes les créatures, à faire cesser leur isolement, rien que pendant une minute au moins ; mais ils demeurent, ils demeureront toujours seuls ; et nous aussi.
On s'en aperçoit plus ou moins, voilà tout.
Depuis quelque temps j'endure cet abominable supplice d'avoir compris, d'avoir découvert l'affreuse solitude où je vis, et je sais que rien ne peut la faire cesser, rien, entends-tu ! Quoi que nous tentions, quoi que nous fassions, quels que soient l'élan de nos coeurs, l'appel de nos lèvres et l'étreinte de nos bras, nous sommes toujours seuls.
Je t'ai entraîné ce soir, à cette promenade, pour ne pas rentrer chez moi, parce que je souffre horriblement, maintenant, de la solitude de mon logement. A quoi cela me servira-t-il ? Je te parle, tu m'écoutes, et nous sommes seuls tous deux, côte à côte, mais seuls. Me comprends-tu ?
Bienheureux les simples d'esprit, dit l'Écriture. Ils ont l'illusion du bonheur. Ils ne sentent pas, ceux-là, notre misère solitaire, ils n'errent pas, comme moi, dans la vie, sans autre contact que celui des coudes, sans autre joie que l'égoïste satisfaction de comprendre, de voir, de deviner et de souffrir sans fin de la connaissance de notre éternel isolement.
Tu me trouves un peu fou, n'est-ce pas ?
Écoute-moi. Depuis que j'ai senti la solitude de mon être, il me semble que je m'enfonce, chaque jour davantage, dans un souterrain sombre, dont je ne trouve pas les bords, dont je ne connais pas la fin, et qui n'a point de bout, peut-être ! J'y vais sans personne avec moi, sans personne autour de moi, sans personne de vivant faisant cette même route ténébreuse. Ce souterrain, c'est la vie. Parfois j'entends des bruits, des voix, des cris... je m'avance à tâtons vers ces rumeurs confuses. Mais je ne sais jamais au juste d'où elles partent ; je ne rencontre jamais personne, je ne trouve jamais une autre main dans ce noir qui m'entoure. Me comprends-tu ?
Quelques hommes ont parfois deviné cette souffrance atroce.
Musset s'est écrié :

Qui vient ? Qui m'appelle ? Personne.
Je suis seul. - C'est l'heure qui sonne.
O solitude ! - O pauvreté !


Mais, chez lui, ce n'était là qu'un doute passager, et non pas une certitude définitive, comme chez moi. Il était poète ; il peuplait la vie de fantômes, de rêves. Il n'était jamais vraiment seul. - Moi, je suis seul !

Gustave Flaubert, un des grands malheureux de ce monde, parce qu'il était un des grands lucides, n'écrivait-il pas à une amie cette phrase désespérante : "Nous sommes tous dans un désert. Personne ne comprend personne."
Non, personne ne comprend personne, quoi qu'on pense, quoi qu'on dise, quoi qu'on tente. La terre sait-elle ce qui se passe dans ces étoiles que voilà, jetées comme une graine de feu à travers l'espace, si loin que nous apercevons seulement la clarté de quelques-unes, alors que l'innombrable armée des autres est perdue dans l'infini, si proches qu'elles forment peut-être un tout, comme les molécules d'un corps ?
Eh bien, l'homme ne sait pas davantage ce qui se passe dans un autre homme. Nous sommes plus loin l'un de l'autre que ces astres, plus isolés surtout, parce que la pensée est insondable.
Sais-tu quelque chose de plus affreux que ce constant frôlement des êtres que nous ne pouvons pénétrer ! Nous nous aimons les uns les autres comme si nous étions enchaînés, tout près, les bras tendus, sans parvenir à nous joindre. Un torturant besoin d'union nous travaille, mais tous nos efforts restent stériles, nos abandons inutiles, nos confidences infructueuses, nos étreintes impuissantes, nos caresses vaines. Quand nous voulons nous mêler, nos élans de l'un vers l'autre ne font que nous heurter l'un à l'autre.
Je ne me sens jamais plus seul que lorsque je livre mon coeur à quelque ami, parce que je comprends mieux alors l'infranchissable obstacle. Il est là, cet homme ; je vois ses yeux clairs sur moi ; mais son âme, derrière eux, je ne la connais point. Il m'écoute. Que pense-t-il ? Oui, que pense-t-il ? Tu ne comprends pas ce tourment ? Il me hait peut-être ? ou me méprise ? ou se moque de moi ? Il réfléchit à ce que je dis, il me juge, il me raille, il me condamne, m'estime médiocre ou sot. Comment savoir ce qu'il pense ? Comment savoir s'il m'aime comme je l'aime ? et ce qui s'agite dans cette petite tête ronde ? Quel mystère que la pensée inconnue d'un être, la pensée cachée et libre, que nous ne pouvons ni connaître, ni conduire, ni dominer, ni vaincre !
Et moi, j'ai beau vouloir me donner tout entier, ouvrir toutes les portes de mon âme, je ne parviens point à me livrer. Je garde au fond, tout au fond, ce lieu secret du Moi où personne ne pénètre. Personne ne peut le découvrir, y entrer, parce que personne ne me ressemble, parce que personne ne comprend personne.

Me comprends-tu, au moins, en ce moment, toi ? Non, tu me juges fou ! tu m'examines, tu te gardes de moi ! Tu te demandes : "Qu'est-ce qu'il a, ce soir ?" Mais si tu parviens à saisir un jour, à bien deviner mon horrible et subtile souffrance, viens-t'en me dire seulement : Je t'ai compris ! et tu me rendras heureux, une seconde, peut-être.
Ce sont les femmes qui me font encore le mieux apercevoir ma solitude.
Misère ! Misère ! Comme j'ai souffert par elles, parce qu'elles m'ont donné souvent, plus que les hommes, l'illusion de n'être pas seul !
Quand on entre dans l'Amour, il semble qu'on s'élargit. Une félicité surhumaine vous envahit. Sais-tu pourquoi ? Sais-tu d'où vient cette sensation d'immense bonheur ? C'est uniquement parce qu'on s'imagine n'être plus seul. L'isolement, l'abandon de l'être humain paraît cesser. Quelle erreur !
Plus tourmentée encore que nous par cet éternel besoin d'amour qui ronge notre coeur solitaire, la femme est le grand mensonge du Rêve.
Tu connais ces heures délicieuses passées face à face avec cet être à longs cheveux, aux traits charmeurs et dont le regard nous affole. Quel délire égare notre esprit ! Quelle illusion nous emporte !
Elle et moi, nous n'allons plus faire qu'un, tout à l'heure, semble-t-il ? Mais ce tout à l'heure n'arrive jamais, et, après des semaines d'attente, d'espérance et de joie trompeuse, je me retrouve tout à coup, un jour, plus seul que je ne l'avais encore été.
Après chaque baiser, après chaque étreinte, l'isolement s'agrandit. Et comme il est navrant, épouvantable.
Un poète, M. Sully Prudhomme, n'a-t-il pas écrit :

Les caresses ne sont que d'inquiets transports,
Infructueux essais du pauvre amour qui tente
L'impossible union des âmes par les corps...

Et puis, adieu. C'est fini. C'est à peine si on reconnaît cette femme qui a été tout pour nous pendant un moment de la vie, et dont nous n'avons jamais connu la pensée intime et banale sans doute !
Aux heures mêmes où il semblait que, dans un accord mystérieux des êtres, dans un complet emmêlement des désirs et de toutes les aspirations, on était descendu jusqu'au profond de son âme, un mot, un seul mot, parfois, nous révélait notre erreur, nous montrait, comme un éclair dans la nuit, le trou noir entre nous.
Et pourtant, ce qu'il y a encore de meilleur au monde, c'est de passer un soir auprès d'une femme qu'on aime, sans parler, heureux presque complètement par la seule sensation de sa présence. Ne demandons pas plus, car jamais deux êtres ne se mêlent.
Quant à moi, maintenant, j'ai fermé mon âme. Je ne dis plus à personne ce que je crois, ce que je pense et ce que j'aime. Me sachant condamné à l'horrible solitude, je regarde les choses, sans jamais émettre mon avis. Que m'importent les opinions, les querelles, les plaisirs, les croyances !
Ne pouvant rien partager avec personne, je me suis désintéressé de tout. Ma pensée, invisible, demeure inexplorée. J'ai des phrases banales pour répondre aux interrogations de chaque jour, et un sourire qui dit : "Oui", quand je ne veux même pas prendre la peine de parler.
Me comprends-tu ?

Nous avions remonté la longue avenue jusqu'à l'Arc de triomphe de l'Étoile, puis nous étions redescendus jusqu'à la place de la Concorde, car il avait énoncé tout cela lentement, en ajoutant encore beaucoup d'autres choses dont je ne me souviens plus.
Il s'arrêta et, brusquement, tendant le bras vers le haut obélisque de granit, debout sur le pavé de Paris et qui perdait, au milieu des étoiles, son long profil égyptien, monument exilé, portant au flanc l'histoire de son pays écrite en signes étranges, mon ami s'écria :
- Tiens, nous sommes tous comme cette pierre.
Puis il me quitta sans ajouter un mot.
Était-il gris ? Était-il fou ? Était-il sage ? Je ne le sais encore. Parfois il me semble qu'il avait raison ; parfois il me semble qu'il avait perdu l'esprit.

GUY DE MAUPASSANT ~ 31 mars 1884



Toutes les photographies illustrant cet article sont d'un grand photographe, Ahmad Kavousian, dont j'apprécie le don pour "saisir" les ambiances, jouer sur toute la palette du blanc au noir, et donner corps à un univers mi réel mi-onirique, de la même façon que le fait ici Maupassant avec les mots. J'ai donc associé les deux tout naturellement.

Pour retrouver Ahmad Kavousian, c'est ICI ...


dimanche 19 juillet 2009

Entre Enfance et Vieillesse ... Des vies de filles, des vies de femmes, des vies défilent ...

Blue rhyme 1 de Ailian Price

Blue rhyme 2 de Ailian Price

Blue rhyme 3 de Ailian Price


Mais que s'est-il donc passé entre l'enfance sage d'une fillette silencieuse et isolée et l'entrée "en vieillesse" d'une dame qui passe, et s'efface, comme une ombre auprès des vivants ?

A t-elle rempli sa vie de tant d'Amour qu'à la fin il ne lui reste rien ? Que sa solitude n'est qu'un long couloir où cheminent avec elle ses souvenirs ? Et qu'au bout ne se trouve qu'une autre porte qu'elle ne craint pas de franchir ?

A t-elle été toujours en retrait, toujours silencieuse et douce, attentive aux désirs des uns et au besoin des autres ? Veut-elle jusqu'au bout garder son silence, sa discrétion ? Sait-elle au moins qu'on la pleurera beaucoup car malgré sa volonté de rester dans l'ombre, humble silhouette, elle aura été la force, le ciment, de toute sa famille ?

A t-elle jamais connu l'Amour pour l'avoir trop cherché ? A t-elle été trop exigeante, cherchant à tout prix l'Idéal, celui dont elle avait si longtemps rêvé ? Et la solitude aura été sa seule compagne. Jusqu'au dernier jour elle n'aura que regrets et amertumes. Elle aurait pu, elle aurait dû ... Elle n'a pas pu ... Toutes les excuses qu'elle voudra bien se trouver ne lui rendront pas ses belles années.

Petite fille calme et douce, devenue rebelle à l'adolescence. Pourquoi n'a t-elle n'a jamais su franchir les étapes de la maturité ? Elle est pourtant devenue mère, une très jeune maman. A t-elle su vraiment trouver les gestes pour asseoir son autorité ? Elle qui n'a jamais aimé l'autorité, elle est restée ado dans sa tête. Ses enfants ont eu sa tendresse débordante mais a t-elle eu tort d'être plus amie que mère ? A t-elle construit une base suffisamment solide pour aider ses enfants à devenir adultes ? Et surtout, surtout ... a t-elle accepté de les voir grandir, de les voir partir ?

Femme mystère, Femme de l'ombre, Femme rebelle, Femme mère, Femme amante, Femme touchante, n'oublie pas que derrière chaque ride d'un visage de vieille femme, tu peux lire sa vie, si tu t'en donnes les moyens, tu pourras même tenter de remonter à la source, savoir qui elle était. Ce qu'elle a fait, ce qu'elle n'a pas fait, le bien, le mal, sans réfléchir, dans l'imminence du moment. Ne juge pas. Elle a vécu. Respect.
Texte Marie B.

Photographie de Carlos Dias
Quand viennent les années de Christel Ehretsmann

Old woman dreaming de Jef Van Den Houte

Au centreSans titre d'Edwin J.

Old Woman d'Ivatan

Sometimes Broadway, Sometimes the Catskills de Judy Sommerville

Hardship & Happiness De Solani

Femme d'Udaipur (Inde) de Stéphane Burger

Esther de Lawrence Paiken

A life d'Anna Pagnacco

Sorrow de Radu Albu

Alzheimer de Jordi Esteban

Who Knows ? d'Anna Pagnacco

Femme (Inde)

Eos Erigeneia with rosy fingers opened
the gates of heaven de Kristian Mumford

Photographie de Mikhail Grafik

Photographie de Mikhail Grafik

Juliane de Tatiana Volontir

Photographie de Martha Cabey

Photographie de Mike Skillsky

Dream on de Victor Bezrukov

Pretty little girl de Dani Brubaker

Reflection de Robert Byars

Young and Old d'Ahmet Gurses

Life is beautiful

Photographie de Dani Brubaker

Photographie de Martha Cabey

Photographie de Naseer Fedaee

Always... I want to protect
my brother de Sumon Mukherjee

A Girl In The Doorway d'Umair Ghani

Romana d'Adnan Buballo

Miranda de Félix Capote

Photographie de Maya de Dariusz Klimczak

little-miracles de Jamie Nelson

Little pumpkin de R. R.

Joyfull children de Tracy Raver


Sans titre d'André Torres

Secret

bébé de Tracy Raver

Bébé de Jordi Esteban

3 Générations de S. Mason